La cloche du verger (palier 4 6e)
Au début d’octobre, Nora aidait sa grand-mère à vider le vieux chalet familial avant les premières neiges. Depuis trois jours, le vent faisait tourbillonner les feuilles autour de la galerie et une odeur de terre humide entrait par les fenêtres mal fermées. Au coucher du soleil, une cloche avait tinté près du verger abandonné, derrière la maison. Sa grand-mère avait levé les yeux, mais n’avait rien dit. Nora connaissait cette cloche : son grand-père l’avait accrochée à la vieille remise, avant sa mort. Pourtant, depuis des années, elle ne sonnait plus, du moins, c’est ce que tout le monde croyait.
Nora prit une lampe de poche et sortit sans faire de bruit. Le sentier du verger disparaissait sous les feuilles rouges et brunes. À mi-chemin, elle remarqua des empreintes fraîches dans la boue : elles allaient vers la remise, mais aucune ne revenait. Une lueur pâle glissait derrière les planches disjointes. Nora appela, sans obtenir de réponse. Alors, la cloche tinta encore, tout près d’elle. Elle recula, puis aperçut, au pied d’un pommier, une petite plaque de métal en forme de feuille, que la pluie venait de dégager. Elle la ramassa, froide et gravée d’un minuscule signe.
Au matin, Nora montra la plaque à sa grand-mère. Celle-ci pâlit légèrement, puis affirma qu’elle n’avait jamais vu ce signe. Sa voix, pourtant, devint plus basse. Nora retourna au verger avec Malik, son voisin, qui connaissait chaque recoin du terrain. Ils comparèrent la plaque aux marques gravées sur les pommiers. Le symbole apparaissait sur trois troncs, toujours du côté tourné vers la remise. Sous le troisième, Malik trouva une boîte de fer. Elle contenait une clé noire et un billet jauni : « Quand les feuilles couvrent le seuil, cherche l’endroit où le temps s’arrête. » L’écriture ressemblait à celle du grand-père de Nora.
Ils essayèrent la clé sur la porte de la remise. Elle tourna sans résistance. À l’intérieur, des outils rouillés couvraient les murs et une vieille horloge reposait sur un établi. Ses aiguilles indiquaient quatre heures et dix minutes. Sous le cadran, Nora découvrit une fente étroite, exactement de la forme de la plaque. Quand elle l’y glissa, un petit déclic retentit. Le fond de l’horloge s’ouvrit, révélant une enveloppe. Malik voulut la lire tout de suite, mais Nora reconnut, sur le rabat, le prénom de sa grand-mère. Elle hésita, puis l’ouvrit avec soin.
À l’intérieur se trouvait une lettre écrite par son grand-père, plusieurs années auparavant. Il y racontait qu’il avait installé la cloche et un miroir dans le verger pour guider les oiseaux vers un abri avant l’hiver. Le vent faisait sonner la cloche; à certaines heures, le soleil couchant se reflétait dans une vitre de la remise, produisant la lueur aperçue par Nora. Mais la lettre s’interrompait au milieu d’une phrase : « Si un jour quelqu’un trouve ceci, c’est que… » La suite avait été arrachée. Au bas de la page, une date récente était inscrite au crayon.
Nora retrouva sa grand-mère dans la cuisine et posa la lettre sur la table. La vieille dame garda longtemps les yeux baissés. Elle expliqua enfin qu’elle venait parfois vérifier l’abri des oiseaux et remettre en place le miroir, mais qu’elle n’avait pas fait sonner la cloche. Le vent, cette soirée-là, était tombé avant le tintement. Elle avait trouvé la même lettre autrefois, sans jamais comprendre la phrase inachevée. Nora remarqua une tache humide sur la manche de sa grand-mère, semblable à la boue du sentier. Celle-ci sourit sans répondre et posa près de la lettre un petit bouquet de feuilles sèches.
Le lendemain, Nora et Malik retournèrent au verger pour réparer l’abri. Ils replacèrent le miroir et suspendirent la cloche à une branche plus solide. En repartant, Nora aperçut une empreinte nouvelle dans la boue, juste devant la remise. Elle était petite, comme celle d’une botte d’enfant, et s’arrêtait au seuil. À l’intérieur, l’horloge affichait maintenant quatre heures et onze minutes. Nora n’en parla pas à sa grand-mère. Dans le chalet, la lettre reposait toujours sur la table, mais le morceau manquant avait reparu sous le bouquet. Il ne portait qu’un seul mot : « demain ».
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Où Nora découvre-t-elle la plaque métallique?
Que trouve Malik sous le troisième pommier?
Selon la lettre, à quoi servaient la cloche et le miroir dans le verger?
Pourquoi peut-on penser que la grand-mère reconnaît le symbole, même si elle dit ne l’avoir jamais vu?
Que peut laisser croire le mot « demain », réapparu sous le bouquet de feuilles?
Quel effet la fin du récit produit-elle sur toi? Explique ce que tu ressentirais et ce que tu ferais à la place de Nora.
Quel élément de l’histoire as-tu trouvé le plus intrigant ou surprenant? Explique ton choix en appuyant ta réponse sur un élément du texte.