Le réveil des poulets
Chaque matin, à la ferme des Trois-Bottes, les poulets se réunissent devant la grange pour discuter des affaires importantes. Leur chef autoproclamé, Marcel, porte une plume rouge coincée au-dessus du bec et parle comme s’il dirigeait une armée. Ce jour-là, avant que le soleil soit très haut, il annonce une mission urgente : construire une horloge afin de savoir quand le fermier arrive avec le maïs. « Nous ne serons plus surpris par le déjeuner! » proclame-t-il. Les poules applaudissent en battant des ailes, tandis que Gérard, le coq le moins réveillé de la ferme, demande si une horloge se mange.
Marcel répartit les tâches avec grand sérieux. Colette cherche des morceaux de bois, Paulette rassemble des cailloux et Gérard doit surveiller le temps. Pour l’aider, on lui confie un vieux réveil trouvé dans la remise. Gérard le pose contre son oreille, puis déclare que l’objet « ronronne comme un poussin enrhumé ». Personne ne comprend cette observation, mais tous hochent la tête. Bientôt, les poulets dressent un cadran sur la porte de la grange. Ils remplacent les aiguilles par deux carottes sèches, parce que Marcel affirme que les légumes indiquent mieux l’heure que les bâtons, selon lui.
Le premier essai semble prometteur. Quand la grande aiguille pointe vers le soleil, Marcel annonce midi. À cet instant, le fermier sort justement de la maison avec un seau de maïs. Les poulets poussent un cri de victoire et se précipitent vers lui. Pourtant, Paulette remarque un détail gênant : l’horloge indique midi depuis le matin. « Elle est très ponctuelle, mais elle manque de variété », observe-t-elle. Marcel refuse d’admettre l’échec. Selon lui, le cadran ne se trompe pas; c’est simplement le soleil qui avance et recule sans respecter les règles, ce qui complique beaucoup le travail des légumes.
Pour améliorer leur invention, les poulets décident d’ajouter un calendrier. Colette dessine les jours avec une brindille dans la poussière, mais une bourrasque efface immédiatement lundi, mardi et une partie de mercredi. Gérard propose alors de demander conseil à la vache, qui possède une cloche. La vache écoute leur problème, tire sur sa cloche et produit un grand « ding ». Les poulets sursautent. Elle recommence trois fois, puis retourne mâcher son foin. Marcel comprend que la cloche peut annoncer un événement, mais il oublie de demander lequel. Le groupe inscrit donc « événement » sur le calendrier, par prudence.
L’après-midi, un orage approche. Le vent fait claquer la porte de la grange et les carottes sèches tournent dans tous les sens. Les poulets croient que l’horloge célèbre une fête et se mettent à danser. Gérard, emporté par son enthousiasme, saute sur le réveil. Celui-ci sonne enfin, ce qui effraie tout le monde sauf Marcel. Le chef observe le ciel noir et comprend que l’invention ne permet pas vraiment de prévoir le déjeuner. Elle peut toutefois rappeler aux poulets qu’un changement arrive : le vent, la pluie ou même l’heure de dormir. Cette découverte calme un peu les danseurs.
Le lendemain, Marcel convoque une réunion pour présenter le nouveau plan. Les poulets abandonnent l’horloge et choisissent d’écouter les bruits de la ferme. Le grincement de la brouette annonce souvent l’arrivée du fermier; le seau qui cogne contre la clôture annonce le maïs; le ronflement de Gérard annonce qu’il est temps de chercher Gérard. Chacun reçoit une mission. Paulette surveille la cour, Colette écoute près de la remise et Gérard garde le réveil, « au cas où il retrouverait ses esprits ». Cette fois, même la vache semble approuver, puisqu’elle fait sonner sa cloche avec conviction.
À midi, le fermier approche. Paulette entend la brouette et donne l’alerte. Les poulets se placent en rang, mais Gérard arrive en retard, coiffé de deux plumes et tenant le réveil comme un plateau. Marcel veut le réprimander; il aperçoit pourtant le cadran rempli de graines. Gérard explique qu’il a transformé l’horloge en mangeoire pour éviter un autre échec. Tout le monde trouve l’idée excellente, surtout Gérard. Depuis ce jour, les poulets continuent d’écouter la ferme et consultent l’horloge seulement pour déjeuner. Ils ne connaissent pas mieux l’heure, mais ils ne manquent plus jamais le maïs.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Quelle mission Marcel annonce-t-il au début du récit?
Quelles tâches Marcel attribue-t-il à Colette, à Paulette et à Gérard?
Que fait Gérard avec le vieux réveil lorsqu’il le reçoit?
Pourquoi Marcel affirme-t-il que le soleil avance et recule plutôt que d’admettre que l’horloge ne fonctionne pas?
Que peut-on déduire du nouveau plan des poulets?
Pourquoi tous les poulets trouvent-ils finalement l’idée de Gérard excellente?
Quel jugement est le mieux justifié au sujet de Marcel comme chef?
À ton avis, Gérard est-il seulement maladroit, ou contribue-t-il aussi à la réussite du groupe? Justifie ta réponse à l’aide d’au moins un élément du récit.