La feuille blanche du verger
Un samedi d’octobre, j’aide ma cousine Maëlle à fermer le verger de mon grand-père, près de Rougemont. Les pommiers portent encore des fruits rouges, mais leurs feuilles rousses tourbillonnent sur l’herbe humide. Le soleil descend derrière le mont Yamaska. Avant de partir, grand-père nous demande de vérifier la vieille remise, car la porte claque depuis le matin. Je prends une lampe et Maëlle me suit entre les rangées silencieuses, son panier vide contre elle.
À mi-chemin, une clochette tinte dans les branches, alors qu’aucun vent ne bouge. Nous nous arrêtons. Une pomme tombe devant mes bottes, même si la branche la plus proche est vide. Dans la boue, je remarque trois empreintes étroites qui vont vers la remise. Elles ressemblent à des traces de bottes, mais elles s’arrêtent brusquement près d’un vieux pommier. Maëlle murmure que quelqu’un nous observe. Je veux rire, pourtant ma lampe tremble légèrement dans ma main.
Nous avançons malgré tout. La remise est entourée de caisses et de citrouilles oubliées. Sur sa porte, une marque en forme de feuille est dessinée avec une craie blanche. Maëlle l’effleure, puis le verrou se soulève sans bruit. À l’intérieur, l’odeur de bois mouillé se mêle à celle des pommes. Une radio grésille sur une étagère, même si elle n’est branchée nulle part. Soudain, elle diffuse trois notes de violon, celles que grand-père joue parfois le soir.
Je reconnais alors la mélodie d’une chanson de Félix Leclerc que grand-père fredonne les jours de récolte. Au fond de la remise, une boîte porte la même feuille blanche. Je l’ouvre : elle contient une clé, une photo et un message signé de mon arrière-grand-mère. « Pour celle ou celui qui entendra la musique, cherche sous le pommier creux. » Au même instant, les trois notes retentissent dehors. Nous sortons, tandis que la nuit tombe.
Sous le pommier creux, la clé ouvre une trappe dissimulée par les feuilles. Un escalier descend vers une cave étroite, éclairée par une lanterne qui brûle encore. Nous découvrons des dizaines de bocaux étiquetés avec des dates, des graines et des mots de passe. Dans un carnet, grand-père explique que son aïeule cachait ici les semences rares du verger pendant les hivers difficiles. La radio servait à guider les membres de la famille jusqu’à la cachette.
Je comprends enfin le mystère, mais une surprise nous attend. Au moment de remonter, Maëlle trouve derrière un bocal une enveloppe à nos noms. Elle contient une invitation de grand-père : il nous confie la surveillance des semences jusqu’au printemps. Dehors, la clochette tinte encore, puis s’arrête. Nous refermons la trappe et gardons le secret. En partant, je regarde le pommier creux. Une feuille blanche apparaît sur son tronc, fraîche comme dessinée à l’instant.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Dans quel endroit l’histoire se déroule-t-elle principalement?
À quel moment l’histoire commence-t-elle?
Pourquoi grand-père demande-t-il de vérifier la vieille remise?
Que remarque le narrateur dans la boue?
Quel dessin apparaît sur la porte de la remise?
Que diffuse la radio lorsque Maëlle ouvre la remise?
Quels objets se trouvent dans la boîte métallique?
Que demande le message signé de l’arrière-grand-mère?
Que contient principalement la cachette souterraine?
À quoi sert la radio, selon le carnet?
Qu’est-ce que grand-père confie aux deux enfants jusqu’au printemps?
Quel élément du récit contribue le plus à créer une atmosphère mystérieuse? Justifie ton choix à l’aide d’un détail du texte.