Le pommier voyageur (palier 5)
Au début d’octobre, Léa montait dans la vieille voiture de son grand-père Marcel. Chaque automne, elle passait une journée dans son verger à cueillir les pommes. Cette fois, le ciel était pâle et le vent faisait danser les feuilles rouges autour de l’échelle. Marcel lui tendit un panier et lui montra les branches encore chargées. « Nous allons prendre les pommes mûres avant la première gelée », expliqua-t-il. Léa aimait le craquement de l’herbe sous ses bottes et l’odeur sucrée des fruits. Pourtant, elle remarqua que son grand-père travaillait plus lentement que l’année précédente et s’arrêtait souvent pour reprendre son souffle.
À midi, ils s’assirent près du vieux pommier où Léa avait installé une balançoire lorsqu’elle était petite. Marcel regarda les rangées d’arbres avant de lui annoncer qu’il déménagerait en ville avant l’hiver. Les marches de la maison devenaient difficiles à monter, et son nouvel appartement serait plus facile d’accès. « Ce sera ma dernière récolte ici », dit-il doucement. Léa sentit sa gorge se serrer. Elle savait que son grand-père avait besoin de ce changement, mais elle imaginait déjà le verger vide. Marcel ajouta qu’il craignait surtout de quitter l’endroit où sa femme avait planté les premiers pommiers.
En reprenant le travail, une rafale fit basculer un panier. Les pommes roulèrent dans l’herbe et Léa courut les rattraper avant qu’elles n’atteignent le fossé. Près de la remise, elle aperçut un petit pommier dans un pot de terre cuite. Ses feuilles jaunes n’étaient pas encore tombées. Marcel expliqua qu’il l’avait fait pousser à partir d’un pépin du premier arbre planté par sa femme. Il voulait l’emporter, mais ne savait pas si un jeune arbre pourrait vivre dans la cour de son futur immeuble. Léa observa les racines qui dépassaient déjà des trous du pot et se demanda comment elle pourrait l’aider.
Léa proposa d’écrire au responsable de l’immeuble pour demander si le pommier pourrait être planté dans la cour commune. Marcel hésita : il ne voulait pas imposer son projet aux voisins, ni voir le jeune arbre dépérir. Léa lui rappela que plusieurs familles utilisaient déjà la cour et qu’un arbre pourrait leur offrir de l’ombre plus tard. Elle ne promettait pas que la demande serait acceptée; elle proposait seulement d’essayer. Marcel sourit enfin. Ils trouvèrent une feuille dans la remise et rédigèrent ensemble un court message, en expliquant l’histoire du pépin et les soins nécessaires.
Une semaine plus tard, le responsable répondit qu’ils pouvaient planter l’arbre, à condition de choisir un endroit ensoleillé et de l’arroser régulièrement. Le jour du déménagement, Léa et Marcel transportèrent le pot dans la cour. Quelques voisins s’approchèrent; l’un apporta une petite pelle, une autre remplit l’arrosoir. Ils installèrent le pommier près du mur, puis tassèrent doucement la terre autour de ses racines. Avant de partir, Marcel posa une pomme de la dernière récolte au pied du jeune arbre. « Pour nous rappeler d’où il vient », dit-il. Léa comprit que le verger ne resterait pas intact, mais qu’une partie de son histoire pouvait grandir ailleurs.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Dans quel lieu Léa passe-t-elle sa journée avec Marcel?
Quel détail montre que Marcel se fatigue plus vite que l’année précédente?
Pourquoi Marcel prévoit-il de déménager en ville?
D’où vient le jeune pommier placé dans le pot?
Quelles conditions le responsable pose-t-il pour planter le pommier?
Que laisse comprendre la façon dont Marcel annonce sa dernière récolte?
Que révèlent les hésitations de Marcel sur sa façon de penser aux voisins et au pommier?
Pourquoi Léa précise-t-elle qu’elle propose seulement d’essayer?
Que symbolise la pomme que Marcel pose au pied du jeune arbre?
Que signifie l’idée qu’une partie de l’histoire du verger peut grandir ailleurs?
Quel moment du récit t’a le plus touché ou fait réfléchir? Explique ta réaction en t’appuyant sur un détail du texte.
Le titre « Le pommier voyageur » te semble-t-il bien choisi? Justifie ton jugement à l’aide d’un élément du récit.