La lanterne de la maison aux fenêtres noires
Le 31 octobre, Maya et son cousin Félix parcouraient les rues du village avec leur grand-mère. Les citrouilles souriaient derrière les fenêtres et les feuilles mortes tourbillonnaient autour de leurs bottes. Au bout de la rue, une vieille maison semblait attendre dans l’obscurité. Ses fenêtres étaient noires, même si les autres maisons brillaient de lumières orange. « On ne dépasse pas le portail », leur rappela grand-mère. Maya remarqua pourtant une petite lanterne posée sur la première marche. Elle n’y était pas la veille, elle en était certaine. Félix haussa les épaules : quelqu’un l’avait sûrement installée pour décorer.
Grand-mère connaissait l’histoire de cette maison. Quarante ans plus tôt, un garçon nommé Émile y habitait avec sa famille. Une nuit d’Halloween, une lanterne avait été retrouvée allumée devant la maison, mais le garçon, lui, avait disparu. Sa famille était partie quelques jours plus tard. Personne n’avait jamais su s’il s’était enfui ou s’il avait trouvé refuge ailleurs. Depuis, racontait grand-mère, certains voisins apercevaient parfois une lueur à l’étage, même quand la maison était vide. Félix prétendit ne pas croire ces histoires, mais il regarda la lanterne une seconde fois avant de reprendre la route.
Après avoir visité quelques maisons, les trois marcheurs revinrent par la même rue. La lanterne n’était plus sur la marche. Elle reposait maintenant près du portail, et sa poignée était tournée vers Maya. Le vent s’était calmé; aucune branche ne bougeait. Félix avança d’un pas, puis s’arrêta. Grand-mère leur demanda de rester près d’elle. C’est alors que Maya aperçut une petite clé de cuivre sous le pot de fleurs, juste à côté du portail. Elle la ramassa et vit, fixé au poteau, un coffret métallique qu’elle n’avait pas remarqué auparavant. La clé semblait avoir la bonne taille.
Grand-mère accepta que Maya essaie la clé, à condition qu’ils restent dehors. Le coffret s’ouvrit sans grincer. À l’intérieur se trouvaient une photographie jaunie et une enveloppe pliée. Sur la photo, un garçon tenait exactement la même lanterne. Au dos, un prénom était écrit à l’encre pâlie : Émile. Félix cessa de plaisanter. Au même instant, trois coups sourds résonnèrent derrière la porte de la maison. Les enfants reculèrent jusqu’à grand-mère. La porte n’avait pas bougé, et le coffret restait ouvert dans les mains de Maya. Le bruit venait bien de l’intérieur, mais rien ne permettait de savoir qui l’avait produit.
Dans l’enveloppe, Maya trouva une feuille presque transparente. Les lettres tremblaient un peu, comme si la personne qui avait écrit avait eu froid : « Si quelqu’un retrouve ma lanterne, laisse-la à la fenêtre. Elle aidera ceux qui cherchent leur chemin. » Il n’y avait ni signature ni date. Grand-mère observa l’écriture avec attention. Elle dit que sa propre mère lui avait raconté l’histoire d’Émile, mais qu’elle n’avait jamais vu de lettre de lui. Félix demanda s’ils devaient appeler un adulte de la maison. Grand-mère répondit que personne n’y habitait depuis longtemps. Maya regarda la lanterne, sans savoir quoi penser.
Maya hésita quelques secondes. Elle avait peur des coups entendus derrière la porte, mais la phrase sur les personnes qui cherchaient leur chemin lui semblait importante. Avec l’accord de grand-mère, elle posa la lanterne sur le rebord de la fenêtre du rez-de-chaussée. Elle ne l’alluma pas; la bougie était trop vieille et personne n’avait d’allumettes. Pourtant, une lueur douce apparut à l’intérieur du verre. Félix recula encore. Grand-mère, elle, fixait la fenêtre du haut. « Regardez », murmura-t-elle. Une deuxième lumière venait de s’allumer à l’étage, juste derrière l’une des fenêtres noires.
Les trois marcheurs s’éloignèrent sans courir. Maya se retourna au coin de la rue : la lanterne brillait toujours en bas et la fenêtre de l’étage était redevenue sombre. À la maison, Félix affirma que la lumière venait peut-être d’un reflet, mais il ne semblait plus convaincu. Grand-mère ne donna aucune explication. Elle glissa seulement la photographie dans une enveloppe pour la montrer à la bibliothèque du village. Plus tard, quand Maya regarda par la fenêtre de sa chambre, elle vit une minuscule lueur au bout de la rue. Elle cligna des yeux. La lumière avait disparu, mais la nuit d’Halloween lui parut soudain bien longue.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Quelle consigne grand-mère donne-t-elle aux enfants près de la vieille maison?
Qui accompagne Maya et Félix pendant leur tournée d’Halloween?
Où Maya trouve-t-elle la clé de cuivre?
Quels objets Maya découvre-t-elle dans le coffret métallique?
Que demande le message trouvé dans l’enveloppe?
Qu’est-ce qui apparaît à l’étage après que Maya a posé la lanterne sur le rebord?
Pourquoi Félix cesse-t-il de plaisanter après avoir entendu les trois coups?
Que peut-on penser de la personne qui a écrit le message, même si le texte ne donne pas son identité avec certitude?
Pourquoi Maya décide-t-elle de déposer la lanterne à la fenêtre malgré sa peur?
Quel moment du récit t’a le plus surpris ou inquiété? Explique ta réaction à l’aide d’un détail du texte.
Quel passage contribue le mieux, selon toi, à créer une atmosphère mystérieuse? Justifie ton choix.
Le titre te semble-t-il bien choisi pour ce récit? Explique ce qu’il annonce ou ce qu’il te laisse imaginer.