Le tournesol de la serre
Le vendredi après-midi, Maya attendait l’autobus devant l’école quand elle aperçut une affiche délavée sur la porte du vieux jardin municipal. « Serre fermée : travaux à venir », indiquait-elle. Depuis des semaines, les bénévoles du quartier y faisaient pousser des tomates et des fines herbes. La grand-mère de Maya, qui y travaillait autrefois, lui avait appris à reconnaître les plants en regardant leurs feuilles. Maya avait promis de lui rapporter quelques graines de tournesol, mais personne ne savait si la serre survivrait aux réparations. Avant de monter dans l’autobus, elle photographia l’affiche et remarqua, derrière une vitre, un petit pot oublié.
Le lendemain, elle revint avec son ami Sami et une boîte à outils empruntée au concierge. La porte n’était pas verrouillée, mais une chaîne empêchait de l’ouvrir complètement. Ils appelèrent Mme Gagnon, la responsable du jardin, qui arriva quelques minutes plus tard. Elle leur expliqua que la toiture laissait entrer la pluie et que la serre devait être vidée avant lundi. « Les plants peuvent être sauvés, pas les étagères », dit-elle. Sami regarda les pots alignés et demanda où les transporter. Mme Gagnon montra la petite salle communautaire, de l’autre côté de la ruelle. La pluie avait cessé, mais le ciel restait couvert.
Maya entra prudemment. L’air sentait la terre mouillée et les feuilles écrasées. Sur une tablette, le pot aperçu la veille contenait un tournesol presque aussi haut qu’elle, mais sa tige penchait vers une fissure du toit. Maya posa sa boîte par terre et chercha un tuteur. Sami, lui, lisait les étiquettes pour distinguer les plants fragiles. Ils décidèrent de déplacer d’abord les semis, puis les grands pots. Mme Gagnon leur rappela de garder les racines humides. En travaillant, Maya entendit le vent secouer les plaques de plastique au-dessus de leurs têtes. Ils déposèrent les premiers pots sur le chariot près de l’entrée.
Tout à coup, une rafale arracha un coin de bâche. Des gouttes tombèrent sur la tablette des semis. Sami voulut courir chercher une autre toile, mais Maya lui demanda de tenir le grand pot pendant qu’elle glissait une plaque sous la fuite. Ils agirent sans parler, chacun comprenant le geste de l’autre. La pluie diminua, puis Mme Gagnon revint avec deux voisins et un chariot. Ensemble, ils transportèrent les plantes jusqu’à la salle communautaire. Le tournesol était trop lourd pour la boîte, alors Maya et Sami le portèrent à deux, lentement, sans cogner la tige.
Le lundi, les ouvriers commencèrent à réparer la serre. Maya s’inquiétait : le tournesol avait perdu une feuille pendant le trajet et ses pétales restaient fermés. Elle passa après l’école pour vérifier la terre. Dans la salle, une fenêtre donnait sur la ruelle; la lumière y entrait moins longtemps qu’en serre. Sami proposa de placer le pot près de la porte vitrée, où le soleil du matin apparaissait. Mme Gagnon leur confia aussi un carnet pour noter l’arrosage et les changements observés. Maya y écrivit la date, puis dessina la feuille tombée. Elle ne savait pas si la plante reprendrait, mais elle voulait suivre son évolution.
Deux semaines plus tard, la serre était de nouveau accessible. Les bénévoles rapportèrent les plants, tandis que Maya et Sami installaient le tournesol près de la grande fenêtre. Une nouvelle feuille avait poussé, petite et brillante. Mme Gagnon accrocha près de la porte une affiche annonçant une journée de jardinage pour les familles. Maya invita sa grand-mère, puis déposa dans sa main les graines promises. En quittant la serre, elle regarda la vieille affiche de fermeture, maintenant roulée sur une table. Elle comprit que le lieu n’avait pas été sauvé par une seule personne, mais par plusieurs gestes attentifs.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Où Mme Gagnon propose-t-elle de transporter les plantes?
Pourquoi la serre doit-elle être vidée avant lundi?
Qu’est-ce qui a poussé sur le tournesol pendant son séjour dans la salle communautaire?
Que montre le fait que Maya et Sami agissent sans parler pendant la rafale?
Pourquoi Maya note-t-elle les changements dans le carnet et dessine-t-elle la feuille tombée?
Quel moment du récit t’a le plus touché ou surpris? Explique ce que tu as ressenti et ce que tu aurais fait à la place de Maya ou de Sami.
Quel passage trouves-tu le plus réussi pour créer de la tension? Justifie ton choix à l’aide d’un détail du texte.