Le carnet des vents
Au début de juillet, Éliane arriva chez son oncle Rémi, qui habitait près de Moose Jaw, en Saskatchewan. La prairie s’étendait jusqu’à l’horizon; des champs de blé ondulaient sous le vent. Derrière la maison, Rémi cultivait un petit jardin communautaire avec les voisins. Éliane devait y passer deux semaines et croyait qu’elle s’ennuierait loin de la ville. Pourtant, elle aimait déjà le calme du soir, quand le ciel semblait immense. Elle ne connaissait personne dans le quartier et gardait son sac près d’elle.
Une nuit, un vent puissant traversa la prairie. Au matin, plusieurs jeunes plants étaient couchés et la terre, sèche, s’était dispersée sur les rangs. Éliane ramassa les étiquettes tombées, mais son oncle observa les pousses sans parler. « Nous pourrions tout recommencer », dit-elle. Rémi secoua la tête : les semis avaient demandé du temps, et il préférait comprendre ce qui s’était passé avant de décider. Éliane sentit sa proposition s’éteindre. Le jardin paraissait soudain plus fragile que la veille.
En cherchant de la ficelle dans la remise, Éliane trouva un carnet couvert de poussière. Une page, écrite par la grand-mère de Rémi, montrait une rangée de petites barrières faites de branches tressées. Elles ralentissaient le vent sans cacher le soleil. Rémi reconnut le dessin : sa mère en avait installé autour du potager, des années plus tôt. Il sortit, regarda les clôtures disponibles, puis demanda à Éliane ce qu’elle en pensait. Elle observa leur hauteur avant de répondre.
Elle proposa de fixer quelques panneaux bas du côté d’où venait le vent, puis de redresser les plants encore vivants. Les voisins arrivèrent après le dîner; chacun apporta des branches, de la corde ou des outils. Rémi confia à Éliane la tâche de placer les étiquettes au bon endroit. Elle vérifia chaque nom avant de les enfoncer dans la terre. Quand une voisine voulut remplacer toutes les pousses abîmées, Éliane lui montra celles dont les feuilles tenaient encore.
Les jours suivants, le jardin ne changea pas d’un coup. Certaines pousses se relevèrent, d’autres ne reprirent pas. Mais les nouvelles barrières retenaient mieux la terre, et les voisins arrosaient tôt le matin. Une semaine plus tard, Éliane remarqua une minuscule feuille au pied d’un plant qu’elle croyait perdu. Elle appela Rémi, qui sourit en silence. Avant de repartir, elle ajouta une page au carnet : elle y dessina les barrières et nota ce qu’ils avaient appris ensemble. Rémi lui prêta son crayon bleu.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Où se déroule principalement le récit?
Qu’est-il arrivé au jardin après la nuit de grand vent?
Que montrait le dessin trouvé dans le carnet, et à quoi servaient les barrières?
Pourquoi Rémi préfère-t-il comprendre ce qui s’est passé avant de décider de recommencer les semis?
Que révèlent les gestes d’Éliane lorsqu’elle vérifie les étiquettes et montre à sa voisine les pousses encore vivantes?
Quel moment du récit t’a le plus touché ou surpris? Explique ce que ce passage t’a fait ressentir et appuie ta réponse sur un détail du texte.
Le dénouement te semble-t-il réussi? Justifie ton jugement en parlant d’un détail du texte et de l’effet qu’il produit.