La tour sans ombre
Au bord d’un village de montagne, la sorcière Grimalda vivait dans une maison penchée, entourée de sapins noirs. Chaque soir, elle accrochait son balai magique à un clou près de la porte. Le balai savait voler sans bruit et retrouver le chemin du retour, même dans le brouillard. Un matin, Grimalda ouvrit la porte : le clou était vide. Sur le plancher reposait une plume grise, froide comme la neige. La fenêtre, pourtant, était fermée, et aucune trace ne marquait la poussière. Grimalda sentit que l’absence cachait un mystère.
Elle examina la plume avec une loupe, puis consulta son vieux livre de sorts. À la page des objets disparus, une phrase s’était effacée, sauf ces mots : « Suis la poussière qui ne tombe pas. » Grimalda remarqua alors une ligne argentée sur le plancher. Elle traversait la cuisine et s’arrêtait devant le fourneau froid. La sorcière enfila son manteau, glissa une boussole dans sa poche et prit une lanterne. Avant de sortir, elle laissa un mot à son voisin : « Je rentrerai avant la nuit. » La promesse rassurait Grimalda, sans effacer son inquiétude.
Dehors, la trace argentée longeait le ruisseau et montait vers la forêt des cloches. Les branches y tintaient doucement, bien qu’aucun vent ne soufflât. Grimalda avançait prudemment, car le sentier changeait de direction chaque fois qu’elle regardait derrière elle. Au pied d’un bouleau, elle trouva trois petites empreintes rondes, puis une touffe de poils noirs. Elle pensa à un renard, mais la boussole tournait en cercle. Une note grave vibra sous la terre, comme si la forêt respirait. Elle comprit qu’elle devait écouter plutôt que suivre les marques.
Grimalda posa la lanterne au sol et ferma les yeux. Entre les tintements, elle distingua un léger frottement venant d’un vieux puits couvert de mousse. À l’intérieur, une échelle descendait dans l’obscurité. La sorcière hésita, puis attacha une corde à un arbre solide et descendit. Au fond, elle découvrit une salle ronde, où des milliers de plumes flottaient sans toucher le sol. Au centre reposait une petite boîte de cuivre. Sur son couvercle, quelqu’un avait gravé le dessin d’un balai. La poussière argentée s’y glissait par une fissure.
Quand elle ouvrit la boîte, un souffle glacé éteignit la lanterne. Une voix murmura : « Le balai a choisi la tour sans ombre. » Grimalda reconnut ces mots : c’était la formule que sa grand-mère lui répétait pour l’aider à retrouver son chemin. Elle comprit que la boîte n’était pas un piège, mais un message. En remontant, elle remarqua que la plume grise brillait désormais dans sa main. Elle la rangea soigneusement. La forêt s’était tue, comme si elle attendait sa décision. Au loin, une tour se dessinait derrière les cimes.
La tour se dressait sur un rocher, au-delà d’un marais étroit. Aucun arbre ne projetait son ombre sur ses pierres, même sous le soleil couchant. Grimalda posa la plume sur l’eau; elle se changea en petit bateau de papier, assez solide pour la porter. De l’autre côté, la porte de la tour s’ouvrit sans bruit. Dans la salle ronde, son balai magique flottait au-dessus d’un bassin noir. Une chaîne de lumière l’attachait à une pierre. Grimalda approcha sa main, mais le balai recula aussitôt. Il semblait attendre.
Alors la sorcière ne lança aucun sort. Elle posa plutôt sa boussole près du bassin et dit calmement : « Tu peux rentrer quand tu le voudras. » La chaîne s’éteignit. Le balai descendit dans ses bras, tiède et silencieux. Sur le chemin du retour, il vola près d’elle sans s’éloigner. Grimalda ne raconta jamais ce qu’elle avait entendu dans la tour; pourtant, depuis ce soir-là, elle laissait toujours la porte entrouverte. Certains matins, une plume grise apparaissait sur le seuil, puis disparaissait avant l’aube. La boussole, elle, pointait désormais vers la forêt.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Où Grimalda accrochait-elle son balai chaque soir?
Quel indice Grimalda trouve-t-elle sur le plancher au début du récit?
Quels mots restent lisibles dans le livre de sorts?
Où la ligne argentée s’arrête-t-elle dans la maison?
Quels objets Grimalda emporte-t-elle avant de quitter sa maison?
Quel son aide Grimalda à découvrir le vieux puits?
Quel message la voix révèle-t-elle à Grimalda dans la salle souterraine?
Comment Grimalda traverse-t-elle le marais pour rejoindre la tour?
Que laisse penser le recul du balai lorsque Grimalda approche sa main?
Pourquoi Grimalda laisse-t-elle la porte entrouverte après son aventure?
Quel passage trouves-tu le plus réussi pour créer du suspense? Recopie-le et explique ton choix.
Quelle image du récit te semble la plus évocatrice? Cite-la et justifie ton jugement.