La prise finale
À six heures du matin, Inès ouvre les yeux avant que son réveille sonne. Aujourd’hui, elle participe à la finale régionale d’escalade sportive, une discipline olympique qui combine la vitesse, le bloc et la difficulté. Dans la cuisine, sa mère prépare des rôties, mais Inès n’a presque pas faim. Sur la table, son sac contient ses chaussons, sa magnésie et un petit carnet bleu. Elle y note ses objectifs depuis le début de la saison. Une phrase, écrite en grosses lettres, revient sur chaque page : « Grimpe avec attention, pas avec précipitation. » Inès la relit, puis respire profondément.
Au gymnase, les murs colorés montent jusqu’aux poutres. Des prises jaunes, rouges et bleues dessinent plusieurs parcours. L’entraîneur Samuel rappelle aux six finalistes que chaque mouvement compte : ils disposent de quatre minutes pour observer un parcours et tenter de le réussir. Inès écoute, mais son regard se fixe sur une prise rouge, très éloignée des autres. Elle sait que cette section exige de la force dans les bras et de la précision dans les pieds. Dans les gradins, son grand-père agite une petite pancarte. Pourtant, elle ne cherche pas son approbation. Elle se concentre sur sa propre stratégie.
À la première manche, Inès réussit deux blocs dès son premier essai. Au troisième, elle s’élance trop vite vers une prise bleue et retombe sur le tapis. Le juge lui accorde un nouvel essai, mais ses doigts tremblent. Elle entend alors Anaïs, une autre finaliste, murmurer que la prise rouge pivote légèrement. Inès observe le mur au lieu de se plaindre de sa chute. Elle comprend que la prise n’est pas dangereuse, mais qu’elle oblige à déplacer le poids du corps avant de tendre le bras. Au deuxième essai, elle atteint la zone, sans toutefois toucher la prise finale.
La dernière manche commence après une courte pause. Les résultats restent serrés : Inès occupe la troisième place, à un point seulement de Maëlle, qui est deuxième. Pour monter sur le podium, elle doit réussir le parcours rouge. Samuel lui propose de visualiser chaque appui avant de grimper. Inès ferme les yeux et imagine ses jambes qui poussent, ses mains qui se relâchent et son bassin qui se rapproche du mur. Quand le chronomètre démarre, elle avance lentement. Elle atteint la prise qui lui résistait, mais une petite bande de ruban se détache de son chausson et reste coincée sous un pied.
Inès sent aussitôt que son équilibre devient instable. Elle peut continuer et risquer une chute, ou redescendre pour demander l’intervention du juge. Le règlement autorise une pause lorsqu’un élément du matériel gêne la grimpeuse, mais cette décision lui coûte du temps. Dans les gradins, son grand-père crie de poursuivre. Inès pense plutôt à la phrase de son carnet. Elle signale le problème d’un geste clair. Le juge arrête le chronomètre, vérifie son chausson et retire le ruban. Après quelques secondes, il relance l’épreuve. Inès repart, le souffle court, mais son attention est plus vive qu’avant.
Il reste moins d’une minute. Inès dépasse la prise rouge et cherche la dernière, placée sous une petite avancée. Ses bras brûlent. Elle entend Samuel compter les secondes, mais le bruit du gymnase se transforme en murmure lointain. Elle appuie son pied gauche sur une prise minuscule, rapproche son bassin du mur et tend la main droite. Ses doigts entourent la prise finale. Elle la maintient assez longtemps pour que le juge confirme la réussite. Inès redescend en souriant, sans savoir si son temps suffit. Maëlle vient vers elle et lui tape dans la main avant de regarder le tableau.
Quelques minutes plus tard, le classement apparaît. Inès termine deuxième, derrière Maëlle, et obtient une invitation au camp de sélection provincial. Elle ne gagne pas la médaille d’or, mais cette déception s’accompagne d’une fierté calme. Anaïs lui rappelle qu’elle a aussi signalé le ruban au bon moment : une décision honnête qui protège toutes les personnes participantes. Sur le chemin du retour, Inès écrit une nouvelle phrase dans son carnet : « La performance mesure ce que je réussis; le jugement guide la manière dont je réussis. » Elle sait que le camp sera plus exigeant. Cette fois, elle a faim et demande deux rôties.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Quel sport Inès pratique-t-elle dans ce récit?
Quels objets Inès place-t-elle dans son sac avant de partir?
À quelle place Inès termine-t-elle et quelle occasion obtient-elle?
Pourquoi Inès observe-t-elle attentivement le mur après sa première chute?
Que révèle le fait qu’Inès se concentre sur sa propre stratégie plutôt que de chercher l’approbation de son grand-père?
Pourquoi l’attention d’Inès est-elle plus vive après l’intervention du juge?
Que peut-on déduire de la réaction de Maëlle après la réussite d’Inès?
Inès prend-elle une bonne décision en signalant le ruban coincé sous son pied?
Explique la phrase qu’Inès écrit dans son carnet : « La performance mesure ce que je réussis; le jugement guide la manière dont je réussis. »
Le message du carnet d’Inès te paraît-il juste? Appuie-toi sur deux éléments du récit pour justifier ta réponse.