La décision sur le mont Albert
Au début de septembre, Maëlle marchait avec son frère Félix vers le sommet du mont Albert, dans le parc national de la Gaspésie. Leur tante Nora, guide bénévole, avançait devant eux avec une carte froissée et une trousse de premiers soins. Le ciel était clair, mais des nuages gris s'accumulaient derrière les crêtes. À chaque pas, le sentier montait entre les épinettes noires et les bouleaux tordus par le vent. Maëlle sentait ses jambes travailler, pourtant elle gardait les yeux fixés sur la ligne rocheuse du sommet. Elle rêvait d'atteindre ce paysage depuis le printemps. Dans son sac, elle portait une gourde, un carnet et la vieille boussole de son grand-père.
Le sentier devenait plus étroit à mesure qu'ils gagnaient de l'altitude. Des plaques de roche humide glissaient sous leurs bottes. Nora rappelait qu'il fallait rester ensemble et observer les marques bleues peintes sur les pierres. Maëlle suivait ces repères, tandis que Félix plaisantait pour cacher son essoufflement. Soudain, un craquement résonnait dans les sapins. Tous s'arrêtaient. Entre les troncs, une ombre brune avançait lentement. Maëlle reconnaissait la silhouette d'un ours noir. L'animal levait le museau, puis disparaissait derrière un amas de branches. Nora faisait signe de ne pas courir. Le groupe attendait en silence jusqu'à ce que le bruit du vent couvre leurs respirations. Félix gardait les mains près de son corps.
Après cette rencontre, la marche reprenait, mais l'excitation remplaçait la fatigue. Maëlle observait chaque trace dans la boue : une empreinte profonde, des aiguilles déplacées, une touffe de poils accrochée à une branche. Nora expliquait que l'ours cherchait probablement des petits fruits et qu'il fallait lui laisser son espace. Plus haut, le sentier débouchait sur un plateau couvert de camarines noires et de lichens pâles. Le vent soufflait si fort que Maëlle devait tenir son bonnet. Au loin, les monts se succédaient comme des vagues bleutées. Félix sortait son appareil photo, mais Nora lui demandait de garder ses mains libres pour franchir la prochaine pente. La pente semblait courte, pourtant elle cachait un passage rocheux.
La pente semblait courte, pourtant elle cachait un passage rocheux. Pour le franchir, ils posaient lentement leurs pieds sur des dalles inclinées. Maëlle avançait derrière Nora, qui testait chaque prise avant de lui tendre la main. Au milieu de la montée, un brouillard montait de la vallée. Les arbres perdaient leurs contours et le sommet disparaissait. Félix proposait de rebrousser chemin, car la lumière diminuait. Nora consultait la carte et indiquait un abri de bois à quelques minutes. Ils pressaient le pas sans courir. Quand la cabane apparaissait enfin, Maëlle entendait un grondement sourd dans le ciel. La pluie commençait à frapper les rochers. Ils entraient juste avant que l'orage éclate.
Dans la cabane, une lampe frontale éclairait une table étroite et deux bancs. Le groupe déposait les sacs, comptait les gourdes et consultait la carte. La pluie tambourinait sur le toit de tôle. Maëlle tremblait un peu, non seulement à cause du froid : elle pensait à l'ours et au brouillard. Nora lui expliquait qu'une décision prudente faisait partie de toute randonnée. Ils mangeaient du fromage, des craquelins et une pomme, puis attendaient que l'orage s'éloigne. Après une heure, le tonnerre cessait. Par une petite fenêtre, Félix apercevait une éclaircie au-dessus de la vallée. Il proposait de repartir, mais Nora vérifiait d'abord les balises et l'état du sentier. Maëlle resserrait les lacets de ses bottes.
Le chemin après l'orage était boueux, mais les rochers luisaient sous la lumière nouvelle. Les trois marcheurs avançaient avec prudence. À un croisement, une flèche peinte indiquait le sommet, tandis qu'une autre menait vers un lac. Nora remarquait que la carte était tachée et qu'un coin s'était déchiré. Elle comparait alors le relief avec la pente devant eux. Maëlle repérait une petite balise rouge derrière un rocher et comprenait qu'ils avaient suivi le mauvais embranchement. Ils revenaient jusqu'au croisement, sans paniquer. Le détour leur faisait perdre du temps, et le jour baissait rapidement. Nora annonçait qu'ils devaient choisir entre le sommet et le retour à la cabane. Félix regardait Maëlle, qui observait la crête. La crête blanchissait déjà.
Maëlle pensait au sommet, mais elle pensait aussi au visage inquiet de sa mère, qui attendait leur message au village. Elle savait que l'aventure ne consistait pas à ignorer le danger. Elle proposait de retourner à la cabane et de réserver l'ascension finale pour le lendemain. Félix approuvait aussitôt. Nora souriait, car elle espérait que Maëlle prendrait cette décision. Le retour se faisait dans un silence concentré. Ils balisaient les endroits glissants et protégeaient la carte sous le manteau. Quand ils atteignaient l'abri, le vent poussait des grains de neige contre les murs. Maëlle écrivait dans son carnet : « Un vrai sommet se gagne aussi en sachant s'arrêter. » Cette phrase lui semblait importante.
Le lendemain matin, le ciel s'éclaircissait et les nuages flottaient au-dessus des vallées. Après avoir vérifié la météo, Nora acceptait une courte marche près de la cabane. Ils suivaient un sentier bordé d'airelles et de bouleaux dorés. Le paysage était calme; aucune trace d'ours ne paraissait sur leur chemin. Maëlle avançait avec une énergie nouvelle. Elle comprenait que renoncer au sommet n'effaçait pas leur aventure : ils avaient observé la montagne, respecté ses dangers et appris à décider ensemble. Avant de repartir vers le village, Félix photographiait la crête éclairée. Maëlle gardait la boussole de son grand-père dans sa main. Elle savait qu'elle reviendrait, mieux préparée, lorsque la montagne l'inviterait de nouveau avec Nora.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Quelle consigne Nora donnait-elle au groupe lorsqu'il apercevait l'ours?
Pourquoi les trois marcheurs entraient-ils dans la cabane?
Quel indice permettait à Maëlle de comprendre que le groupe avait suivi le mauvais embranchement?
Quels aliments les marcheurs mangeaient-ils dans la cabane?
Que faisait Nora avant d'accepter que le groupe reparte après l'orage?
Pourquoi Maëlle proposait-elle de retourner à la cabane?
Que révèle la phrase « Un vrai sommet se gagne aussi en sachant s'arrêter » sur la façon de penser de Maëlle?
Pourquoi Nora souriait-elle lorsque Maëlle proposait de retourner à la cabane?
Quelle réaction le récit provoque-t-il chez toi et que ferais-tu à la place de Maëlle devant le brouillard et le sentier incertain?
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Vrai ou faux
Maëlle marchait vers le sommet du mont Albert avec son frère Félix et leur tante Nora.