Compréhension de lecture

La cloche de Saint-Aubin-des-Grèves

  • Français
  • 6e année
  • 1 section
  • Nouveau programme de français 2026

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Français — 6e année · Compréhension de lecture

La cloche de Saint-Aubin-des-Grèves

Nom
Date
Le texte
Illustration du texte « La cloche de Saint-Aubin-des-Grèves »

En février 1926, le village fictif de Saint-Aubin-des-Grèves s’étirait sur la rive sud du Saint-Laurent, entre Rimouski et Matane. Les maisons de bois fumaient sous la neige, et les chevaux traçaient des sillons dans la rue principale. Les journaux arrivaient parfois avec un jour de retard, mais les nouvelles circulaient vite d’une cuisine à l’autre. Maude, onze ans, vivait avec sa grand-mère, qui tenait le petit bureau de poste. Un soir, en rangeant les lettres, Maude remarqua une enveloppe sans adresse, scellée de cire bleue. Son nom était tracé dessus d’une écriture fine, inconnue.

À l’intérieur, elle trouva une phrase : « Quand la cloche sonnera, regarde la fenêtre rouge de l’ancienne maison des douanes. » Sa grand-mère pâlit en lisant le billet. Elle expliqua qu’autrefois, une femme nommée Élise avait veillé sur les bateaux depuis cette maison. Selon la légende, Élise avait disparu pendant une tempête, mais son apparition revenait annoncer les glaces dangereuses. Maude connaissait cette croyance, racontée par les villageois les soirs d’hiver. Pourtant, l’enveloppe était étrange : la cire bleue portait trois petites entailles, comme celles que son grand-père dessinait dans son carnet.

Le lendemain, le vent tomba et le fleuve prit une couleur d’étain. Maude glissa le billet dans sa poche. À neuf heures, une cloche tinta du côté des quais : trois coups lents, puis un quatrième, plus faible. Sa grand-mère ferma les rideaux et posa une main sur son épaule. « Tu ne sortiras pas ce soir », dit-elle. Maude aperçut alors, derrière la vitre, une lueur rouge qui tremblait dans la maison des douanes. Elle voulut demander des explications, mais sa grand-mère s’éloigna vers la cuisine, le visage tendu. Dehors, les chiens du voisinage se mirent à japper, puis se turent brusquement.

Le matin, Maude demanda à Félix, fils du forgeron, de l’accompagner jusqu’aux quais. Ils suivirent les traces fraîches dans la neige, depuis le bureau de poste jusqu’à une remise accolée à la vieille maison. La porte n’était pas verrouillée. À l’intérieur, ils trouvèrent une lanterne éteinte, une corde humide et des empreintes qui s’arrêtaient devant un panneau de bois. Félix voulut prévenir le curé, mais Maude remarqua trois entailles bleues sur le panneau. Le signe de l’enveloppe! Derrière la planche, un carnet attendait, enveloppé dans un morceau de toile.

Le carnet appartenait à Joseph, le père de sa grand-mère. Chaque page indiquait une date, l’état du fleuve et l’heure d’un signal. Dans la marge, Joseph avait dessiné trois entailles pour désigner les glaces qui se détachaient près du chenal. Une note, écrite en 1917, disait : « La cloche guide les pêcheurs vers l’anse abritée. » Maude comprit que la maison des douanes avait servi de poste de veille, bien avant la fermeture du bâtiment. Mais pourquoi la lanterne brillait-elle encore, et qui avait envoyé le billet? Ce soir-là, elle décida de surveiller la fenêtre depuis le grenier.

À neuf heures, la cloche sonna de nouveau. Maude vit une silhouette avancer dans la neige, une lanterne sous le bras. Elle reconnut le manteau de sa grand-mère. Sans bruit, elle la suivit jusqu’à la remise. La vieille dame posa la lanterne derrière la fenêtre rouge et tira la corde; la cloche retentit au-dessus des quais. Maude entendit alors les voix de pêcheurs qui rentraient plus tôt, avertis par le signal. Sa grand-mère la surprit dans l’ombre. Elle avoua reprendre la veille de son père quand les glaces devenaient instables, mais n’avait jamais voulu effrayer sa petite-fille.

Le lendemain, elles remirent le carnet au bureau de poste, dans une boîte de métal. La grand-mère expliqua que son père lui avait transmis cette tradition pour protéger les gens du village; elle voulait préserver ce patrimoine sans alimenter la légende. Maude promit de garder le secret, sauf pour le récit qu’elle écrirait un jour, en changeant les noms. Avant de quitter la remise, elles entendirent pourtant un dernier tintement, alors que la corde pendait immobile. Dehors, aucune trace ne traversait la neige. La grand-mère sourit sans répondre. Maude comprit qu’une part de l’histoire demeurait mystérieuse.

Lis le texte, puis réponds aux questions.

FrançaisCréé par Stephanie avec Coprof.ca · 19 octobre 2026 · v0.2 · 3adf654