La pomme marquée
En octobre, je passe la fin de semaine chez ma tante, à Rougemont, dans la Montérégie. Depuis la galerie, j’observe les pommiers chargés de fruits rouges et les collines qui brillent sous les couleurs de l’automne. Ma tante tient un petit verger près de la rivière Richelieu. Elle me demande d’aller ramasser les dernières pommes avant la pluie. J’enfile mes bottes, prends un panier et m’engage entre les arbres. L’air sent les feuilles humides, mais un bruit sec, derrière moi, me fait soudain tourner la tête. Je ne vois pourtant personne, seulement une corneille posée sur la clôture.
Au pied du plus vieux pommier, je découvre une pomme que personne n’a cueillie. Elle est brillante, presque dorée, et porte une petite étoile gravée dans sa peau. Sous le fruit, une ficelle retient un minuscule morceau de papier. Je le déplie avec précaution. « Cherche la lumière là où le renard ne dort jamais. » Cette phrase me semble étrange. Je connais le verger, pourtant je n’ai jamais entendu parler d’un renard qui dormirait dans ce coin. Je glisse la pomme dans mon panier et examine le sol. Des empreintes fraîches descendent vers la forêt.
Je suis les traces jusqu’à un sentier qui monte vers le mont Saint-Bruno. Les feuilles de bouleau craquent sous mes bottes, tandis qu’un geai bleu lance des cris au-dessus de moi. Dans ma poche, la pomme roule à chaque pas. Au détour d’un rocher couvert de mousse, je trouve une vieille cabane de bois, à moitié cachée par les fougères. Sa porte est entrouverte. Je pousse doucement. À l’intérieur, une lampe éteinte, une carte du verger et trois bocaux vides reposent sur une table. Sur la carte, une croix rouge marque un belvédère.
Je grimpe jusqu’au belvédère avant que le ciel ne s’assombrisse. De là, j’aperçois les toits de Rougemont, les champs et le ruban argenté du Richelieu. Près de la rambarde, une boîte métallique est coincée sous une pierre. Mon cœur accélère quand je l’ouvre. Elle contient des étiquettes anciennes, une photo d’un jeune garçon et un message : « Pour que personne n’oublie la pomme de grand-papa. » Au dos de la photo, je reconnais ma tante, enfant, devant le même pommier. La pomme dans mon panier devient soudain précieuse. Je comprends alors le secret.
Quand je reviens au verger, la pluie commence. Ma tante m’attend près de la grange, inquiète d’abord, puis souriante en voyant la pomme. Je lui raconte mon expédition et lui tends la photo. Elle explique que son grand-père cachait chaque automne une pomme marquée pour rappeler aux enfants que le verger appartient aussi à leurs souvenirs. La cabane et la boîte servent depuis longtemps à cette chasse secrète. Elle me remercie d’avoir retrouvé la photo, puis me propose de planter le pépin. J’accepte. Dans la terre noire, je dépose la graine, certain que le mystère pourra recommencer un jour.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Où se trouve le verger de la tante?
Quelle tâche la tante demande-t-elle au narrateur au début du récit?
Quel symbole est gravé dans la peau de la pomme?
Qu’est-ce qui mène le narrateur vers la forêt?
Que marque la croix rouge sur la carte?
Qu’est-ce que le narrateur plante à la fin du récit?
Pourquoi le narrateur décide-t-il de suivre les empreintes?
Que laisse comprendre l’accélération du cœur du narrateur lorsqu’il ouvre la boîte?
Que peut-on déduire du sourire de la tante lorsqu’elle voit la pomme?
Quel moment de l’aventure te semble le plus inquiétant? Explique ta réaction en t’appuyant sur un détail du récit.
Aurais-tu suivi les empreintes jusqu’à la cabane? Justifie ta réponse.
Le titre « La pomme marquée » est-il bien choisi? Justifie ton jugement en t’appuyant sur le texte.