Le sentier dans la neige
Chapitre 1 — Le départ. À la fin d’octobre, je quittais la maison de ma mère à Saint-Fulgence, au Saguenay, pour passer trois jours avec mon grand-père Marcel. La forêt entourait son camp de bouleaux jaunes et de sapins sombres. Cette année, il m’amenait pour la première fois à la chasse à l’orignal. Je connaissais déjà les règles: mon dossard orange restait visible, mon fusil demeurait dans son étui et je suivais ses consignes. Malgré mon enthousiasme, une nervosité légère me serrait la poitrine. Marcel souriait, comme s’il savait que la forêt allait me réserver une surprise inattendue et mystérieuse.
Le lendemain, avant l’aube, le vent faisait trembler les épinettes autour du camp. Marcel préparait le déjeuner pendant que je remplissais ma gourde. Il vérifiait ensuite avec attention notre équipement: bottes bien sèches, radio chargée, trousse de secours et cartes de la réserve faunique. Nous partions à pied sur un sentier couvert de feuilles humides. Le ciel pâlissait au-dessus du lac Saint-Jean, et chaque craquement lointain me faisait tourner la tête. Marcel avançait lentement, observant les branches cassées et les empreintes dans la boue. Il m’expliquait que chasser demandait surtout de la patience et du respect pour l’animal et le territoire.
Chapitre 2 — Le signe. Après une heure de marche silencieuse, nous atteignions une petite clairière près d’un ruisseau. La brume légère flottait encore entre les troncs et l’air sentait la mousse mouillée. Marcel s’arrêtait devant une écorce frottée, où des poils bruns restaient accrochés. Il me montrait aussi de larges traces fraîches, à moitié remplies d’eau. Un orignal était passé récemment, expliquait-il, mais cela ne signifiait pas qu’il se trouvait tout près. Nous avancions donc sans bruit, en gardant nos distances. Soudain, un appel grave résonnait derrière la colline boisée. Mon cœur battait vite; pourtant, je demeurais immobile, comme Marcel me l’avait appris.
Marcel levait une main et me faisait signe de m’accroupir. Entre deux épinettes, une immense femelle apparaissait avec son petit. Ils broutaient des feuilles de saule, sans remarquer notre présence. Marcel ne cherchait pas à s’approcher. Il observait plutôt la direction du vent, puis il reculait doucement. Nous avions repéré un orignal, mais la femelle était protégée parce qu’elle était accompagnée de son veau. De plus, la lumière baissait rapidement. Je ressentais une déception, car j’espérais rapporter une histoire extraordinaire. Marcel posait calmement sa main sur mon épaule. Son regard disait que savoir renoncer faisait aussi partie de la chasse.
Chapitre 3 — Le retour. Au moment où nous reprenions le sentier, la neige commençait à tomber. Les flocons brouillaient les marques de nos bottes et le vent couvrait le murmure du ruisseau. Marcel consultait la carte, mais un panache de brouillard enveloppait les arbres. Il me demandait de rester près de lui et de garder la radio accessible. Pour retrouver le chemin, nous suivions de vieux rubans orange attachés aux branches. Après quelques minutes, je remarquais qu’un ruban manquait à l’endroit prévu. Marcel ne paniquait pas. Il sortait sa boussole, comparait les reliefs autour de nous et choisissait une direction.
Nous marchions encore un moment avant d’apercevoir la fumée du camp entre les arbres. J’avais mal aux jambes, mais je gardais les yeux ouverts. Près de la porte, Marcel trouvait des marques fraîches dans la neige: le veau et sa mère avaient traversé le sentier pendant notre absence. Nous ne les avions pas suivis, et cette décision me semblait maintenant importante. Le soir, nous racontions l’expédition à ma mère par radio. Je ne rapportais ni trophée ni photo parfaite. Pourtant, je revenais avec une aventure, une leçon de prudence et le souvenir d’un grand-père qui m’apprenait à respecter la forêt.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Où se trouvait le camp de Marcel?
Qui accompagnait la narratrice pendant cette chasse?
Quel élément faisait partie de l’équipement vérifié par Marcel?
Quels signes indiquaient qu’un orignal était passé près de la clairière?
Quels animaux la narratrice et Marcel observaient-ils entre les épinettes?
Pourquoi Marcel ne cherchait-il pas à s’approcher de l’orignal?
Qu’est-ce qui permettait de repérer le camp à la fin du récit?
Pourquoi Marcel reculait-il doucement après avoir aperçu la femelle et son veau?
Que comprend progressivement la narratrice au cours de l’histoire?
Pourquoi Marcel utilisait-il une carte, une boussole et des rubans orange pendant le retour?
Quelle leçon principale se dégage du récit?
Selon toi, la sortie peut-elle être considérée comme une réussite même si la narratrice ne rapporte ni trophée ni photo parfaite? Justifie ta réponse à l’aide du texte.