La lanterne de la maison voisine
Le 31 octobre, à la tombée du jour, Maëlle et son frère Thomas traversèrent la vieille place pour rapporter à leur grand-mère une boîte de décorations. Depuis des années, la maison voisine restait vide, sauf à Halloween, quand une fenêtre du grenier s’allumait quelques minutes. Leur grand-mère leur avait demandé de ne pas s’en approcher. Pourtant, en passant devant la clôture, Maëlle aperçut une lueur bleue derrière les rideaux. Elle entendit aussi trois coups réguliers, comme si quelqu’un frappait de l’intérieur. Thomas plaisanta, mais sa voix trembla. Dans sa poche, la clé de la boîte tinta sans qu’il bouge.
À peine eurent-ils posé la boîte que leur grand-mère remarqua la clé. Son sourire disparut. Elle la reconnut : elle ouvrait une petite porte de service, presque invisible, dans le vestibule de la maison voisine. Leur grand-père avait gardé cette clé même après avoir quitté le quartier. « Il disait que, le soir d’Halloween, trois coups annonçaient quelqu’un qui cherchait son chemin », murmura-t-elle. Elle leur demanda de ne pas entrer seuls. Puis elle s’interrompit, comme si elle venait de se rappeler une promesse oubliée. Dehors, la fenêtre du grenier s’éteignit.
Maëlle et Thomas échangèrent un regard. Ils prirent une lampe de poche, deux bonbons et retournèrent vers la maison. La grille, qui grinçait d’habitude, était entrouverte. Personne ne se tenait sur le perron. Quand trois coups résonnèrent derrière la porte, Thomas recula, mais Maëlle essaya la clé. La petite porte s’ouvrit sur un vestibule étroit où flottait une odeur de pommes et de bois humide. Sur une tablette, la poussière formait un cercle net, comme si un objet venait d’être retiré. Au-dessus d’eux, un pas léger traversa le plafond, puis le silence retomba.
À l’étage, la lueur bleue venait du grenier, dont la porte était entrouverte. Ils découvrirent une lanterne de verre posée près d’un calendrier jauni, arrêté au 31 octobre 1987. La flamme semblait flotter sans mèche ni huile. Sur le mur, une photographie montrait leur grand-père, beaucoup plus jeune, devant la maison. Il tenait une étoile de papier identique à celle qui pendait maintenant au poignet de Maëlle. Elle ne l’avait pas remarquée auparavant. Thomas approcha la main de la photo, mais un courant d’air fit claquer la porte. La lanterne vacilla, sans s’éteindre.
Derrière le cadre, Maëlle trouva une enveloppe mince. Elle contenait un billet écrit de la main de leur grand-père : « Pour celui ou celle qui frappe après la dernière cloche : laisse une friandise devant la porte. La lumière indiquera le chemin. » Thomas relut la phrase à voix basse. Aucun nom n’expliquait qui devait recevoir le bonbon, ni pourquoi la lanterne s’allumait cette nuit-là. Trois coups retentirent encore, cette fois contre la fenêtre du grenier. Les enfants se retournèrent ensemble. La vitre était noire; pourtant, une petite étoile de papier y apparut, collée de l’autre côté.
Ils redescendirent sans courir. Maëlle déposa un bonbon sur le seuil, comme le billet le demandait. Thomas attendit près de la grille, les yeux fixés sur la fenêtre. Une silhouette passa derrière le rideau du grenier, petite et rapide, puis la lueur bleue s’éteignit. Ils n’entendirent ni pas ni porte. Lorsque Maëlle se retourna, le bonbon avait disparu; à sa place reposait un minuscule morceau de papier plié. Il portait seulement trois mots : « Merci pour la lumière. » Thomas voulut le prendre, mais le papier se défit dans sa main, aussi sec qu’une feuille d’automne.
Leur grand-mère les attendait sur le perron. En voyant leurs visages, elle ne posa aucune question; elle leur tendit plutôt un bol de bonbons. Maëlle lui raconta ce qu’ils avaient découvert. La vieille dame ferma les yeux en entendant le message. « Votre grand-père laissait une friandise aux enfants qui s’étaient perdus pendant la tournée », expliqua-t-elle. Pourtant, elle affirma ne pas avoir vu de lanterne bleue depuis des décennies. Thomas sortit la clé de sa poche : elle était devenue tiède. À l’intérieur, la fenêtre du grenier s’alluma de nouveau. Cette fois, une étoile de papier brillait dans l’obscurité.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Pourquoi Maëlle et Thomas traversent-ils la vieille place au début du récit?
Quelle porte la clé ouvre-t-elle?
Quel détail du grenier indique que la maison semble figée dans le temps?
Pourquoi la grand-mère s’interrompt-elle après avoir parlé des trois coups?
Pourquoi Maëlle dépose-t-elle un bonbon sur le seuil, même si personne n’est visible? Appuie ta réponse sur un indice du récit.
À la place de Maëlle et de Thomas, aurais-tu suivi le billet et laissé un bonbon? Explique ta réaction en t’appuyant sur un élément du récit.
Quel élément contribue le plus, selon toi, à l’atmosphère mystérieuse du récit? Justifie ton appréciation.