Compréhension de lecture

La roue qui veillait sur Brébeuf

  • Français
  • 5e année
  • 1 section
  • Nouveau programme de français 2026

Première page en lecture libre. L'abonnement ouvre la suite, l'impression et le téléchargement.

Français — 5e année · Compréhension de lecture

La roue qui veillait sur Brébeuf

Nom
Date
Le texte
Illustration du texte « La roue qui veillait sur Brébeuf »

Au bord de la rivière Rouge, à Brébeuf, le vieux moulin d’eau semblait dormir sous les érables. Ses murs de pierre étaient couverts de mousse, et sa grande roue ne tournait plus depuis longtemps. Pourtant, les soirs de pluie, les gens du village disaient entendre un grondement venu du bâtiment. On racontait qu’autrefois, le meunier Étienne avait aidé les familles à moudre leur grain pendant un hiver difficile. Il travaillait tard, tandis que la rivière gonflait et que le vent secouait les volets. Depuis sa disparition, personne n’osait entrer seul dans le moulin après le coucher du soleil.

Un soir d’octobre, la jeune Marianne rentrait chez elle avec un sac de farine. Son grand-père l’avait envoyée chercher le dernier sac conservé dans l’ancien moulin, car une famille voisine manquait de pain. Le ciel s’assombrissait; des feuilles tourbillonnaient sur le chemin et la pluie commençait. Marianne connaissait les histoires, mais elle se répétait qu’une roue immobile ne pouvait pas faire de bruit. Au moment où elle posa la main sur la porte, un son grave résonna derrière les murs. Elle recula. Puis elle pensa aux enfants qui attendaient leur repas et entra malgré sa peur.

À l’intérieur, la farine couvrait encore le plancher. La roue grinça, l’eau frappait les pierres et le courant emportait les feuilles. Dans un coin, Marianne aperçut une lanterne allumée, bien qu’elle eût été éteinte la veille, selon son grand-père. Une voix calme monta du sous-sol : « Si vous entendez la roue chanter, habitants de Brébeuf, ne craignez rien : le moulin veille sur le village. » Marianne reconnut alors la vieille formule que les anciens répétaient pendant les tempêtes. Elle ne vit personne, mais une lumière avançait vers l’escalier, comme si quelqu’un lui indiquait le chemin dans le silence de la nuit froide.

Dans la salle du mécanisme, elle découvrit une branche coincée entre deux pales. La rivière avait monté et poussait la roue avec force; la branche empêchait son mouvement régulier. Marianne comprit que les coups entendus venaient du bois heurtant la pierre. Elle tira de toutes ses forces, sans réussir à dégager l’obstacle. Alors, la lanterne se posa près d’une longue perche. La jeune fille s’en servit pour soulever la branche, qui glissa enfin dans l’eau. La roue reprit son rythme et le grondement se transforma en un ronronnement profond. Elle vérifia ensuite que les pales tournaient librement. Pourtant, personne n’avait touché à la lanterne.

Marianne remplit son sac, puis s’arrêta devant la roue. Dehors, les nuages s’écartaient et la pluie cessait. Elle imagina ce que son grand-père dirait : il sourirait, mais voudrait sans doute vérifier le mécanisme au matin. Selon elle, Étienne jurerait que la roue répondait au meunier. Elle se demanda si le meunier était revenu pour protéger le bâtiment ou si le vent avait déplacé la lanterne. Avant de partir, Marianne posa une miche près de la porte, en remerciement. À cet instant, la roue ralentit doucement, comme si le moulin acceptait son offrande.

Le lendemain, son grand-père examina le moulin. Il trouva la branche rejetée sur la rive, mais ne sut expliquer la lanterne ni le mouvement de la roue après le départ de Marianne. Il lui promit qu’ils reviendraient ensemble réparer le mécanisme avant l’hiver. Depuis ce jour, les habitants racontent que le moulin d’eau de Brébeuf se réveille quand la rivière menace le village. Certains croient qu’Étienne veille encore sur les familles; d’autres pensent que Marianne avait simplement compris comment l’aider. Chaque automne, on dépose une miche près de la porte, et, certains soirs, un ronronnement répond au bruit de l’eau.

Lis le texte, puis réponds aux questions.

FrançaisCréé par Jessica avec Coprof.ca · 21 octobre 2026 · v0.2 · f68917c