Le vent joue avec nous
Au début de juin, le petit cirque Les Étoiles du Nord s’installe derrière le centre communautaire de Saint-Fabien, près du fleuve Saint-Laurent. Le chapiteau rayé de bleu et de jaune se dresse entre des érables et un terrain humide par la pluie. Émile, douze ans, accompagne sa tante Nadia, jongleuse de la troupe. Depuis le départ de Rimouski, il répète en secret avec trois balles blanches. Ce soir, la première représentation de la tournée attire des familles venues des rangs voisins. Il rêve d’entrer dans l’arène, mais son nom ne figure pas encore sur l’affiche.
Dans l’après-midi, Émile aide à tendre les câbles et à fixer les fanions. Le vent du fleuve se lève brusquement; il soulève une nappe et fait claquer la toile. Nadia lui confie alors une petite malle rouge, héritée d’un ancien clown de la famille. À l’intérieur, il trouve des foulards, une corde dorée et un carnet couvert de dessins. Une page montre un numéro où les artistes transforment un imprévu en moment de rire. La jeune acrobate Zoé lui conseille de garder le carnet près de lui, car la météo annonce des rafales pour la soirée. Émile glisse la malle sous les gradins.
Quand la représentation commence, les spectateurs s’assoient sur des bancs de bois. On entend le grondement lointain du fleuve, puis la musique d’un accordéon. Nadia jongle avec des massues et Zoé tourne dans un cerceau. Émile attend derrière le rideau, les balles dans ses poches. Soudain, une bourrasque entrouvre la toile latérale et emporte les fanions. Le régisseur fait un signe discret: la suite du programme est suspendue. Au lieu de fuir, Émile se rappelle le dessin du carnet. Il prend la corde dorée et s’avance vers la piste, sans attendre qu’on l’appelle.
Il noue la corde entre deux poteaux bas, puis invite les enfants du premier rang à souffler comme le vent. Les foulards colorés passent au-dessus de leurs têtes et retombent dans ses mains. Lorsque la toile tremble de nouveau, Émile transforme le bruit en rythme et frappe du pied. Les artistes reprennent peu à peu leurs numéros autour de lui. La bourrasque, qui menaçait d’interrompre le spectacle, devient ainsi la partenaire inattendue de la troupe. Dans les gradins, une fillette serre son foulard rouge et le regarde avec des yeux brillants. Quand le vent tombe, les applaudissements couvrent même le grondement du fleuve.
Après le salut final, Nadia retrouve Émile derrière le chapiteau. Elle ne lui parle pas tout de suite: elle observe la corde dorée, les foulards et le carnet ouvert sur les genoux du garçon. Puis elle lui annonce que son numéro portera un nom sur la prochaine affiche: « Le vent joue avec nous ». Émile sourit, mais il comprend que le courage n’est pas l’absence de peur. C’est la décision de monter sur la piste malgré l’incertitude qui a changé la soirée. Le lendemain, la troupe reprend la route vers Charlevoix; sous les érables mouillés, le chapiteau disparaît derrière la brume.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Dans quel endroit le cirque installe-t-il son chapiteau?
Quel rôle Émile joue-t-il dans la troupe avant la représentation?
Que contient la petite malle rouge confiée à Émile?
Que fait Émile quand le régisseur fait un signe discret?
Comment le vent modifie-t-il le spectacle?
Pourquoi Émile s’avance-t-il sur la piste sans attendre qu’on l’appelle?
Pourquoi Nadia observe-t-elle les objets avant de parler à Émile?
Que signifie l’expression « la bourrasque devient la partenaire inattendue de la troupe » dans ce contexte?
Que peut-on déduire de l’évolution d’Émile entre le début et la fin du récit?
Pourquoi le récit se termine-t-il par l’image du chapiteau qui disparaît derrière la brume?