Ma tuque prend son envol
Un samedi de novembre, je suis parti avec ma tante Jo vers le bord du fleuve, près de Kamouraska. Le vent soufflait si fort que ma tuque a tenté de s’envoler avant même que je l’aie mise. Tante Jo l’a rattrapée au vol, puis l’a posée sur ma tête comme un nid. « Ça te donne l’air d’un héron », a-t-elle dit. J’ai regardé mes bottes et décidé qu’un héron avait sûrement plus de style que moi.
Nous cherchions des bernaches près des herbes hautes. Elles marchaient en file, très sérieuses, comme si elles allaient à une réunion secrète. Milo, le chien de tante Jo, les suivait en remuant la queue. Il voulait sans doute être invité. Quand une bernache a crié, Milo s’est assis aussitôt. Il avait l’air d’un élève qui attend qu’on lui remette son bulletin. Tante Jo a ri; moi, j’ai essayé de rester sérieux, mais mon nez chatouillait.
Tout à coup, une rafale a soulevé la carte de notre promenade. Elle a glissé sur le sentier, puis a filé vers un tas de feuilles. Je l’ai poursuivie en courant, mais ma tuque a encore battu des ailes au milieu du paisible paysage d’automne. « Garde la carte! » a crié tante Jo. J’ai attrapé le papier juste avant qu’il tombe dans une flaque. Mes bottes ont fait splatch, avec un bruit digne d’un canard très enrhumé.
Pendant que je nettoyais mes bottes avec une branche, tante Jo a sorti une collation de son sac. « Les biscuits sont un peu écrasés », a-t-elle annoncé. Ils avaient la forme de petites cartes du Québec, avec des miettes pour les îles. Milo a reçu un morceau minuscule. Il l’a avalé si vite que j’ai cru qu’il avait mangé aussi l’assiette. Puis les bernaches se sont éloignées, sans demander leur part, dans l’herbe près du fleuve.
Nous avons repris le chemin vers le stationnement, tandis que le fleuve brillait sous le ciel gris. J’ai remis ma tuque bien serrée, mais elle me cachait presque les yeux. Tante Jo m’a guidé en disant : « À gauche! » J’ai tourné à droite et me suis retrouvé devant Milo, qui me regardait comme un guide déçu. Finalement, nous avons rejoint l’auto. Ce jour-là, je n’ai pas vu de héron; pourtant, j’en avais l’air, et mes bottes avaient le cri d’un canard.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Où le narrateur se promène-t-il avec sa tante Jo?
Que font les bernaches près des herbes hautes?
Qu’arrive-t-il à la carte quand le vent se lève?
Pourquoi Milo s’assoit-il après le cri de la bernache?
Pourquoi le narrateur dit-il que sa tuque « a encore battu des ailes »?
Quel moment du récit t’a fait rire ou sourire? Explique ce qui t’a amusé.
Quel passage trouves-tu le plus réussi? Nomme-le et explique pourquoi.
Dans la phrase « Les biscuits sont un peu écrasés », quel est le sujet du verbe « sont »? Explique pourquoi le verbe est au pluriel.
Dans la phrase « Tout à coup, une rafale a soulevé la carte de notre promenade », relève les mots qui, ensemble, forment un adverbe. Que nous font-ils comprendre?