La porte de septembre
Le dernier vendredi de juin, l’école primaire retenait son souffle. Dans la cour chaude, les ballons roulaient sous les bancs, tandis que les voix s’élevaient comme des oiseaux pressés. Au fond de mon sac, mon agenda portait encore des traces de gomme et de confiture. Pourtant, ce matin, il pesait davantage. La cloche sonnait la fin d’une année, mais aussi le début d’une route que je ne voyais pas. Devant la grille, ma mère souriait. Je gardais dans ma poche le petit caillou gris trouvé au bord du terrain, comme un morceau de courage à emporter.
Le bâtiment du secondaire se dressait au bout de la rue, vaste comme une gare dans mon imagination. Ses fenêtres reflétaient le ciel et les érables; derrière elles, des élèves que je ne connaissais pas changeaient déjà de classe. Mon frère y avait étudié. Il m’avait raconté les escaliers, la bibliothèque ouverte sur deux étages et le bruit des casiers. Je connaissais ces détails, pourtant l’endroit demeurait une île au milieu d’une mer de questions. Est-ce que je trouverais mon local? Est-ce que quelqu’un garderait une place près de lui? J’avançais en répétant le trajet dans ma tête, pas après pas.
À la maison, les adultes disaient que j’étais prêt. Le mot « prêt » sonnait bien, mais il ne remplissait pas toutes les cases de mon cœur. J’avais hâte aux laboratoires, aux nouvelles matières, aux amitiés possibles; en même temps, je regrettais la petite classe où chacun connaissait le bruit de ma chaise. Mes inquiétudes s’accrochaient à moi comme des fils. Ma tante m’a dit : « On peut être curieux et nerveux à la fois. » Alors j’ai compris que le courage n’était pas une armure sans fissure. C’était peut-être le pas qu’on fait, même lorsque les genoux hésitent.
Le matin de la visite, nous sommes entrés par une porte vitrée qui s’ouvrait sans grincer. Une élève de deuxième secondaire nous attendait dans le hall. Elle s’appelait Maïa et portait un ruban bleu à son sac. Elle a proposé de nous guider. Dans le corridor, les casiers claquaient, les semelles frappaient le sol et une sonnerie a coupé nos paroles. Maïa ne s’est pas moquée de mon sursaut. Elle a simplement ralenti. Sa gentillesse a posé un peu de calme au milieu du vacarme. Je me suis surpris à regarder les affiches plutôt que la sortie.
Nous avons traversé la bibliothèque, puis un atelier où des élèves construisaient un pont de bois. Maïa m’a expliqué qu’ils testaient sa solidité en ajoutant des poids. Une planche a plié, et toute l’équipe a recommencé sans se fâcher. Je regardais leurs mains, leurs mesures, leurs idées qui changeaient de forme. Dans ma tête, une porte s’est entrouverte : au secondaire, je pourrais essayer des choses sans savoir tout de suite les réussir. Cette pensée n’a pas effacé mes questions, mais elle leur a fait une place moins large. Peut-être qu’apprendre, c’était aussi bâtir avec ce qui résiste.
Quand la visite s’est terminée, Maïa m’a tendu une carte du bâtiment. « Le premier jour, demande de l’aide si tu en as besoin », a-t-elle dit. Sa phrase est restée avec moi jusque dans l’autobus. Par la fenêtre, les rues familières défilaient à rebours. Je sentais encore une boule au ventre, mais elle n’occupait plus toute la place. Je pensais aux escaliers, au pont inachevé, aux portes et aux visages inconnus. Mon frère avait raison : on finit par trouver son chemin. Je gardais la carte dans mon agenda, près du caillou. Deux objets minuscules, et pourtant mon sac semblait moins lourd.
En septembre, devant la grande entrée, j’ai retrouvé le ruban bleu de Maïa parmi les élèves. Elle m’a salué de loin, puis chacun a pris son chemin. J’ai cherché le numéro de mon local sur la carte; un garçon à côté de moi cherchait le même corridor. Nous avons comparé nos horaires et marché ensemble. Au moment d’entrer, mon cœur battait vite, mais mes pieds avançaient. La porte s’est refermée doucement derrière nous. Dehors, la cour primaire appartenait déjà aux souvenirs; devant moi, une journée inconnue levait son rideau. J’avais peur, oui, et aussi envie de voir la suite.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Où se trouve le bâtiment du secondaire?
Qu’est-ce que le frère du narrateur lui avait raconté au sujet de l’école secondaire?
Que construisaient les élèves dans l’atelier?
Pourquoi Maïa ralentit-elle après que le narrateur a sursauté?
À la fin de la visite, qu’est-ce qui a changé dans la façon dont le narrateur envisage le secondaire? Appuie ta réponse sur deux indices du texte.
Quel passage te fait le plus ressentir l’appréhension ou l’espoir du narrateur? Explique ce que ce passage te fait ressentir et pourquoi.
Quels mots de la dernière strophe trouves-tu les plus réussis pour évoquer un nouveau départ? Justifie ton choix.
Dans la phrase « Deux objets minuscules, et pourtant mon sac semblait moins lourd. », que signifie « moins lourd »?