Compréhension de lecture

Une place autour de la table

  • Français
  • 5e année
  • 1 section
  • Nouveau programme de français 2026

Première page en lecture libre. L'abonnement ouvre la suite, l'impression et le téléchargement.

Français — 5e année · Compréhension de lecture

Une place autour de la table

Nom
Date
Le texte
Illustration du texte « Une place autour de la table »

Le 23 décembre, Amélie regardait tomber la neige par la fenêtre de l’appartement. À onze ans, elle aimait cette journée, car la maison sentait déjà la cannelle et le sapin. Son frère Malik, âgé de neuf ans, découpait des étoiles dans du papier doré. Leur mère, Sophie, travaillait de soir au centre d’hébergement pour aînés; elle rentrerait seulement après le souper de Noël. Leur père, Marc, avait proposé de préparer un repas pour les voisins de l’immeuble. Plusieurs personnes vivaient seules, et certaines n’avaient pas de famille près d’elles. Amélie avait d’abord trouvé l’idée un peu ambitieuse. Puis, en regardant les petites fenêtres éclairées autour de la cour, elle s’était mise à imaginer une longue table pleine de monde.

Le lendemain matin, Marc posa une feuille sur la table de cuisine. Il avait écrit les noms des voisins qui avaient accepté l’invitation: monsieur Gagnon du deuxième, les jumelles Farah et Lina, puis madame Leduc, qui sortait rarement depuis son opération au genou. Amélie et Malik devaient décorer le local communautaire, tandis que leur père préparerait une soupe et un plat de pâtes. Chacun apporterait aussi quelque chose, comme du pain, des fruits ou un dessert. « Nous n’avons pas besoin d’un repas compliqué, dit Marc, puisque le plus important est de nous retrouver. » Malik choisit les étoiles dorées pour les fenêtres, mais Amélie préféra garder quelques décorations pour la table. Elle voulait que chaque invité trouve une petite surprise à sa place.

En après-midi, les enfants descendirent au local avec une boîte de décorations. Ils avaient presque terminé lorsqu’ils remarquèrent une flaque près de la porte. Le concierge expliqua qu’un tuyau avait coulé et que le chauffage ne fonctionnait plus dans la salle. Il ne pouvait pas la réparer avant le lendemain, car une pièce devait être remplacée. Amélie sentit son enthousiasme diminuer. Les voisins n’allaient tout de même pas manger dans une pièce froide et humide. Marc téléphona au propriétaire de l’immeuble, puis revint avec une solution: le grand salon de leur appartement serait assez vaste si l’on déplaçait le canapé. Malik trouva l’idée excellente, mais Amélie se demanda si tout le monde pourrait monter jusque chez eux.

Ils sonnèrent chez madame Leduc pour lui annoncer le changement. Elle les accueillit avec une canne à la main et un sourire hésitant. Son genou la faisait encore souffrir, expliqua-t-elle, et monter deux étages lui semblait difficile. Amélie proposa de lui apporter son repas, mais la voisine secoua la tête: elle voulait venir, parce qu’elle n’avait pas partagé un souper de Noël depuis longtemps. Marc eut alors une idée. Il demanda à monsieur Gagnon, qui habitait au rez-de-chaussée, s’il pouvait prêter son petit fauteuil roulant. Celui-ci accepta, puis ajouta qu’il pousserait madame Leduc jusqu’à l’appartement. La voisine sourit davantage. Amélie comprit que la fête ne serait pas tout à fait comme prévu, mais qu’elle pouvait quand même avoir lieu.

À cinq heures, les préparatifs commencèrent dans le salon. Marc poussa le canapé contre le mur et les enfants installèrent les chaises autour de la table. La soupe mijotait sur la cuisinière; son odeur chaude se mêlait à celle des aiguilles de sapin. Malik posa une étoile dorée devant chaque assiette, tandis qu’Amélie écrivait les prénoms sur des cartons. Elle plaça celui de madame Leduc près de la porte, où il y avait plus d’espace pour le fauteuil. Puis elle hésita devant une chaise vide. Sa mère ne serait sans doute pas rentrée à temps. Amélie ajouta tout de même son prénom au carton, car elle voulait garder une place pour elle, même si le souper devait commencer sans elle.

Dehors, la neige tombait plus fort et le vent faisait tourbillonner les flocons dans la cour. Monsieur Gagnon arriva avec madame Leduc; les jumelles suivirent en portant un panier de petits pains. La famille de l’appartement voisin apporta une salade, et un jeune père déposa des clémentines pour le dessert. Chacun avait pris le temps de contribuer, même modestement. Comme la salle de la maison était trop petite pour accueillir tout le monde, ils avaient choisi le salon d’Amélie et Malik. Maintenant, l’espace semblait juste assez grand. Marc servit la soupe, et les invités racontèrent des souvenirs de fêtes passées. Amélie écoutait les récits, mais elle jetait souvent un regard vers la porte d’entrée.

À six heures, le téléphone de Marc sonna. La voiture de Sophie était coincée dans la neige près du centre d’hébergement. Elle avait terminé son quart de travail, mais la rue n’était pas encore dégagée. « Je vais essayer de rentrer à pied », annonça-t-elle au téléphone. Marc lui conseilla d’attendre, puisque le vent soufflait fort et que les trottoirs étaient glissants. Amélie se leva pour regarder par la fenêtre; elle ne voyait que des manteaux pressés dans la tempête. Monsieur Gagnon proposa d’aller chercher Sophie avec sa voiture à quatre roues motrices, mais Marc préféra vérifier d’abord l’état des routes. Il appela le centre, obtint l’adresse exacte où sa femme attendait et demanda à un voisin de l’accompagner.

Pendant ce temps, Malik demanda aux invités de raconter une tradition qu’ils aimaient. Madame Leduc parla des biscuits qu’elle préparait autrefois avec sa sœur; les jumelles décrivirent le grand repas de leur famille. Monsieur Gagnon, lui, racontait qu’enfant, il fabriquait des lanternes de papier avec son père. Amélie ajouta que sa mère chantait en préparant les desserts, même si elle ne connaissait pas toujours les paroles. Tout le monde rit doucement. La chaise de Sophie restait vide, mais sa place n’était pas oubliée. Les histoires rendaient l’attente moins lourde, car chacune faisait apparaître un souvenir différent. Amélie remarqua que les voisins, qui se croisaient souvent sans parler, se posaient maintenant des questions et s’écoutaient avec attention.

Un peu avant sept heures, on frappa à la porte. Marc entra le premier, secouant la neige de son manteau, puis Sophie apparut derrière lui, les joues rouges et les cheveux mouillés. Les invités applaudirent, et Amélie se précipita pour lui donner une serviette. Sa mère expliqua que le voisin l’avait conduite jusqu’à l’immeuble; il était reparti avant qu’elle puisse le remercier. Sophie prit place sur la chaise réservée et découvrit le carton portant son prénom. « Vous m’avez gardé une place », dit-elle, émue. Malik lui servit un bol de soupe, tandis que Marc apportait le plat de pâtes. La neige continuait de tomber, mais les voisins arrivaient encore, portant leurs plats et leurs manteaux détrempés.

Le repas se prolongea jusqu’à tard dans la soirée. On partagea les pâtes, les petits pains et les clémentines, puis Sophie chanta une chanson que madame Leduc connaissait aussi. Amélie observa la table: elle n’était pas parfaitement assortie, et les chaises étaient un peu serrées. Pourtant, personne ne semblait vouloir partir. Avant de rentrer chez eux, les invités décidèrent de se revoir en janvier, quand le local communautaire serait réparé. Madame Leduc demanda même si elle pourrait apporter son dessert préféré la prochaine fois. Après leur départ, Malik ramassa les étoiles dorées et Amélie replia les cartons des prénoms. Elle conserva celui de Sophie dans une boîte, comme un rappel de cette soirée où une place gardée avait suffi pour réunir tout le monde.

1

Lis le texte, puis réponds aux questions.

FrançaisCréé par Karine avec Coprof.ca · 12 octobre 2026 · v0.2 · b22376f