La maison aux fenêtres rouges (version enrichie)
Le dernier samedi d’octobre, Maïa accompagne son cousin Émile jusqu’à la vieille maison qui se dresse au bout du chemin. Autour d’eux, la forêt revêt des teintes cuivrées et dorées; des feuilles tourbillonnent sur le sol détrempé, où leurs pas s’enfoncent légèrement. Dans quelques heures, les enfants du village parcourront les rues pour l’Halloween. Maïa porte un costume de corneille, mais elle avance avec prudence. Depuis son arrivée, elle observe les fenêtres noires de la demeure abandonnée. On raconte qu’un ancien propriétaire y allumait des lanternes sans jamais ouvrir sa porte.
Émile, lui, ne se laisse pas impressionner par les racontars des voisins. Il pousse la grille rouillée, dont les gonds émettent un grincement plaintif, puis propose de déposer une citrouille devant l’entrée. Le vent se lève aussitôt et fait claquer les branches contre le toit. Maïa sursaute lorsqu’une feuille humide lui frappe la joue. « Ce n’est qu’une feuille », affirme Émile avec un sourire un peu forcé. À cet instant, il remarque une empreinte de boue qui traverse les marches. Elle commence dehors et disparaît sous la porte entrouverte. Aucun des deux enfants ne parle pendant quelques secondes. Leur souffle devient visible dans l’air glacial, tandis que le silence, presque palpable, semble s’appesantir.
Maïa veut repartir, mais Émile aperçoit une faible lueur derrière les rideaux du rez-de-chaussée. Il pose la main sur la poignée; la porte s’ouvre sans résistance, comme si quelqu’un les attendait. À l’intérieur, l’air sent la poussière, le bois humide et les pommes séchées. Un escalier étroit monte dans l’obscurité. Maïa entend alors trois coups sourds provenant de l’étage. Émile recule, puis prétend avoir simplement trébuché. Pour se donner du courage, il allume la lampe de son téléphone. Le faisceau tremblant révèle des cadres recouverts de draps gris et une horloge arrêtée à minuit. Ses aiguilles paraissent figées depuis une éternité.
Au premier étage, un bruit de pas glisse derrière une porte fermée. Maïa serre le bras d’Émile et lui murmure qu’ils doivent sortir immédiatement. Pourtant, une photographie posée sur une console attire son attention. Elle montre une fillette qui tient une lanterne semblable à celle que décrivent les voisins. Au dos de la photo, une phrase est écrite à l’encre brune : « N’oubliez pas la lumière pour les visiteurs. » Soudain, la poignée tourne de l’autre côté. Émile étouffe un cri. Maïa cherche fébrilement une cachette et se glisse derrière un grand rideau dont le tissu sent le renfermé.
Dans le couloir, la porte s’entrouvre lentement. Une petite fille apparaît, une lanterne vacillante à la main. Son visage est pâle, et sa robe froissée ressemble à un ancien costume de fête. Maïa retient son souffle, immobile dans l’ombre. La fillette avance jusqu’à la photographie, puis dépose une seconde lanterne sur la console. « Il faut éclairer le chemin », dit-elle d’une voix douce, presque mélancolique. Émile, caché derrière le rideau, laisse tomber son téléphone. Le bruit sec résonne dans toute la maison. La fillette se retourne aussitôt et fixe précisément le rideau. Maïa comprend alors qu’elle les a remarqués.
La peur pousse Maïa à sortir de sa cachette. Elle saisit la main d’Émile et l’entraîne vers l’escalier. La fillette ne les poursuit pas; elle emporte plutôt les deux lanternes vers une porte située au fond du couloir. En bas, Maïa remarque une série de dessins accrochés au mur. Ils représentent la maison, la forêt et des enfants portant des paniers de bonbons. Au dernier dessin, la fillette sourit devant la grille, sous la date du 31 octobre 1987. Émile trouve enfin le courage d’ouvrir la porte d’entrée. Dehors, le vent souffle avec une violence nouvelle.
Les cousins dévalent les marches et courent jusqu’à la route. Lorsqu’ils se retournent, toutes les fenêtres de la vieille maison brillent d’une lumière chaude et dorée. La grille est maintenant fermée, tandis que la citrouille d’Émile repose sur le seuil. Maïa veut appeler un adulte, mais des voix d’enfants retentissent au bout du chemin. Les premiers visiteurs arrivent avec leurs seaux d’Halloween. Une voisine âgée reconnaît les lanternes de la photographie lorsque Maïa lui raconte la scène. Elle explique que la fillette s’appelait Nora et qu’elle a disparu le soir du 31 octobre 1987.
À cet instant, une lanterne s’allume derrière la fenêtre du premier étage. La voisine baisse la voix et affirme que Nora revient chaque automne pour guider les enfants qui se sont égarés. Maïa regarde la maison : la fillette se tient près du rideau, mais son expression n’est plus menaçante. Elle lève une main, comme pour remercier les cousins d’avoir apporté de la lumière. Émile dépose la citrouille devant la porte, sans plaisanter cette fois. Puis les deux enfants rejoignent le groupe d’Halloween. Maïa garde sa peur, mais comprend qu’une maison inquiétante peut dissimuler une histoire qui demande à être entendue.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Que trouve Émile sur les marches de la maison?
Que montre la photographie posée sur la console?
Que fait la fillette après que le téléphone d’Émile tombe?
Quelle date apparaît sous le dernier dessin?
Qui reconnaît les lanternes aperçues dans la maison?
Pourquoi Maïa et Émile courent-ils vers la route après avoir vu les dessins?
Que laisse comprendre le geste de Nora quand elle lève la main?
Que comprend Maïa à propos de la maison à la fin du récit? Explique ton interprétation en t’appuyant sur deux indices.
Quel moment du récit provoque le plus de peur chez toi? Explique ta réaction en t’appuyant sur un détail précis.
À la place de Maïa, entrerais-tu dans la maison après l’apparition de Nora? Justifie ta réponse.
Quel passage te semble le plus efficace pour créer la peur? Explique ton choix en mentionnant un mot ou une image du texte.
Selon toi, la fin du récit est-elle réussie? Justifie ton jugement en faisant référence à la transformation de Maïa.