La tire qui colle
Au début d’avril, mon père m’a réveillé avant le soleil. Dans notre rang, près de Saint-Jean-de-Matha, la neige fondait autour de la cabane à sucre de ma tante Lise. J’ai enfilé mes bottes, puis je suis sorti dans l’air frais. Mon ventre faisait déjà des bruits de tambour. La vapeur montait déjà des érables derrière la grange. « C’est sûrement le printemps », ai-je dit. Mon père a répondu que c’était plutôt mon déjeuner qui réclamait son attention.
Ma tante Lise nous attendait avec un seau et un sourire immense. Les chaudières brillaient au soleil, et chaque petit filet de sève tombait dans un grand récipient. « Ne goûte pas ça, c’est de l’eau d’érable », m’a-t-elle averti. J’ai hoché la tête très sérieusement, puis j’ai léché une goutte sur mon gant. Elle avait le goût d’une flaque froide. Mon cousin Félix a ri si fort qu’il a presque échappé son chapeau dans la boue.
Pendant que mon père alimentait le feu, je transportais les seaux jusqu’à la cabane. Je marchais avec prudence, comme un grand explorateur, mais mes bottes faisaient ploc à chaque pas. Tout à coup, une branche craqua derrière moi. J’ai sursauté et renversé un peu de sève sur ma manche. Mon père a regardé la tache, puis mon visage. « Voilà une nouvelle recette : sirop à la manche! » a-t-il lancé. J’ai décidé de ne pas la goûter cette fois.
À l’intérieur, les chaudières ronronnaient doucement comme des chats géants. Ma tante Lise surveillait le sirop et remuait doucement une longue palette. Félix, lui, préparait des crêpes; il en avait déjà mangé deux avant de les apporter à la table. Quand la tire fut prête, tante Lise versa le sirop chaud sur la neige propre. Je l’ai roulée autour d’un bâton, mais ma première tire a collé à mon gant et refusait de lâcher ma main.
En repartant, j’avais du sirop sur le nez et un morceau de neige dans le col. Le soleil éclairait les érables, et les oiseaux chantaient au-dessus du rang. Tante Lise nous a donné un petit pot pour la maison. Dans l’auto, je l’ai serré contre moi comme un trésor, même si mon père disait qu’il collait déjà à mes doigts. J’ai promis de garder le pot jusqu’au souper. La promesse a duré jusqu’au prochain feu rouge.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Où se trouve la cabane à sucre de tante Lise?
Qu’est-il arrivé au chapeau de Félix?
Que fait tante Lise avec le sirop chaud et la neige propre?
Pourquoi mon père dit-il que c’est plutôt mon déjeuner qui réclame son attention?
Pourquoi le narrateur se compare-t-il à un grand explorateur pendant qu’il transporte les seaux?
Quel moment du récit t’a fait le plus sourire? Explique ta réaction avec un détail du texte.
Quel détail rend le récit amusant selon toi? Explique pourquoi il fonctionne bien.
Dans la phrase « Tout à coup, une branche craqua derrière moi. », quels mots forment ensemble l’adverbe qui indique quand la branche craque?
Dans la phrase « À l’intérieur, les chaudières ronronnaient doucement comme des chats géants. », quels mots forment le sujet qui commande la terminaison de « ronronnaient »?