Enseigner les correspondances lettres-sons aide à apprendre à lire
La méta-analyse du National Reading Panel montre qu'enseigner explicitement les correspondances lettres-sons a un effet d'environ d = 0,41 sur la lecture, et d = 0,55 quand on commence tôt, à la maternelle ou en 1re année. L'effet est plus net sur le décodage que sur la compréhension.
D’après Ehri (2001) · Ajouté le 3 juin 2026
L’essentiel
- Enseigner systématiquement les correspondances lettres-sons a un effet d'environ 0,41 sur la lecture — 0,55 quand on commence en maternelle ou en 1re année.
- L'effet est le plus fort sur le décodage ; sur la compréhension des élèves plus âgés, il devient négligeable (≈ 0,12).
- Le code ouvre la porte : il ne remplace pas le travail sur le vocabulaire et le sens.
Le chiffre
d = 0,55
effet sur la lecture quand le code est enseigné tôt (maternelle–1re)
Source
Ehri, L. C., Nunes, S. R., Stahl, S. A. & Willows, D. M. (2001). Review of Educational Research.
Lire l'article original →Méta-analyse
Résumé Coprof d'après la source citée. Les chiffres proviennent de l'étude originale.
Faut-il enseigner le code de l'écrit (quelle lettre fait quel son) de façon planifiée et explicite, ou laisser l'enfant le déduire au fil de ses lectures ? C'est l'une des plus vieilles querelles de l'enseignement de la lecture. La méta-analyse du National Reading Panel, signée Ehri et ses collègues, tranche avec des chiffres.
Ce que dit l'étude
Les chercheurs ont regroupé 66 comparaisons tirées de 38 expériences qui opposaient un enseignement systématique du code (les correspondances graphème-phonème enseignées dans un ordre prévu d'avance) à un enseignement non systématique ou sans phonétique. L'effet global sur la lecture est modéré, d'environ 0,41. En recherche, un d mesure l'écart entre deux groupes : autour de 0,4, on parle d'un effet réel et utile en classe, pas d'un détail.
Surtout, le moment compte. Quand l'enseignement du code commençait tôt, à la maternelle ou en 1re année, l'effet montait à environ 0,55, contre seulement 0,27 lorsqu'on s'y mettait après la 1re année. Autrement dit, le code rapporte le plus aux lecteurs débutants, avant que les difficultés s'installent.
La nuance à garder en tête
L'effet n'est pas le même selon ce qu'on mesure. Il est le plus fort sur le décodage : chez les débutants, lire des mots réguliers à voix haute atteignait un effet d'environ 0,98, et déchiffrer des pseudo-mots environ 0,67. C'est logique : apprendre à décoder, c'est précisément le but d'un programme de code.
Sur la compréhension, le portrait est plus modeste et honnête à rappeler. Chez les débutants, l'effet sur la compréhension restait moyen (environ 0,51, porté par le fait qu'à cet âge, lire un texte dépend surtout de la capacité à en lire les mots). Mais chez les élèves plus âgés du 2e au 6e grade, l'effet du code sur la compréhension tombait à environ 0,12, c'est-à-dire négligeable. Enseigner le code fait mieux lire les mots ; cela ne remplace pas, à lui seul, le travail sur le vocabulaire et le sens.
En pratique
La leçon est claire pour le primaire québécois : l'enseignement explicite et planifié des correspondances lettres-sons a sa place, et son meilleur moment est le début du cycle, au 1er cycle. On enseigne les sons dans un ordre réfléchi, on fait lire et écrire des mots déchiffrables qui réinvestissent ces sons, puis on ramène toujours l'élève au sens du mot et de la phrase. Le code ouvre la porte ; la compréhension, le vocabulaire et le plaisir de lire font entrer dans la pièce.
Résumé Coprof d'après Ehri, Nunes, Stahl & Willows (2001), Review of Educational Research.
En classe
- À la maternelle et en 1re année, enseigne les correspondances graphème-phonème dans un ordre planifié plutôt qu'au gré des textes rencontrés.
- Fais lire et écrire des mots déchiffrables qui réutilisent les sons déjà vus, avant de passer aux mots irréguliers.
- Garde le décodage au service du sens : une fois le mot lu, reviens toujours à ce qu'il veut dire dans la phrase.