La chambre du bout du corridor
Maude et son frère Émile arrivèrent à l’auberge des Érables avec leur tante Clara, juste avant la tombée du soir. La pluie battait les vitres et la rivière avait débordé sur la route; le pont du village était fermé. Clara devait récupérer des papiers dans l’ancienne auberge avant de la vendre, mais personne ne pouvait repartir avant le matin. Le gardien, M. Gagnon, leur ouvrit sans sourire. Il portait une lampe à pétrole, bien que l’entrée fût éclairée. En les conduisant vers le salon, il leur demanda de ne pas monter au deuxième étage. Son regard s’arrêta une seconde sur la porte du corridor sombre et étroit.
Pendant que Clara classait ses documents, Émile remarqua une rangée de vieilles clochettes fixées au mur. Une plaque indiquait les numéros des chambres, mais celle portant le numéro douze avait été retirée. M. Gagnon expliqua que cette chambre était fermée depuis des années. La dernière voyageuse qui y avait dormi, dit-il, était partie au milieu de la nuit sans reprendre ses bagages. Clara haussa les épaules, puis demanda où se trouvait la chambre de Maude. Le gardien répondit qu’elle était au premier étage. Il referma aussitôt la porte du corridor, comme s’il craignait qu’un courant d’air ne l’ouvre de nouveau.
Plus tard, un grondement fit vibrer les fenêtres. Maude se réveilla dans une chambre inconnue et tendit l’oreille. Trois coups résonnèrent, espacés et nets, quelque part au-dessus d’elle. Elle pensa d’abord à une branche contre le toit, mais la pluie s’était arrêtée. Émile, qui dormait dans la pièce voisine, entrouvrit sa porte. Il avait entendu la même chose. Tous deux descendirent sans réveiller leur tante. Au bas de l’escalier, la lampe du salon était encore allumée. M. Gagnon se tenait devant le mur des clochettes, une main posée sur une petite boîte de métal.
Quand il les aperçut, le gardien retira sa main et dit que les vieux tuyaux faisaient parfois du bruit après une forte pluie. Pourtant, ses doigts tremblaient légèrement. Maude lui demanda si le son pouvait venir de la chambre douze. Il répondit trop vite que cette pièce était vide et que la serrure ne s’ouvrait plus. Puis il les reconduisit vers l’escalier. Émile suivit sans discuter, mais Maude remarqua que la porte du corridor était restée entrouverte. Sur le bureau, à côté du registre des voyageurs, une clé de laiton brillait sous la lumière. Elle se demanda pourquoi le gardien avait affirmé qu’aucune serrure ne pouvait être ouverte.
Maude attendit que M. Gagnon les quitte pour aller vérifier la chaudière. Elle prit la clé et retourna vers le corridor. Émile demanda à tante Clara si la porte d’entrée était bien verrouillée. M. Gagnon, qui portait une boîte, les appela depuis la cuisine. La jeune fille s’immobilisa en entendant trois coups derrière le mur. Son frère la rejoignit et voulut retourner au salon, mais elle lui montra la clé. La serrure de la chambre douze céda sans grincer. À l’intérieur, une odeur de poussière et de cire flottait dans l’air. Maude avança d’un pas, tandis qu’Émile gardait la porte ouverte derrière elle.
La chambre était presque vide. Un lit étroit, une chaise renversée et un grand meuble couvert d’un drap s’y trouvaient. Maude souleva le tissu; derrière le meuble, elle découvrit une petite trappe dans le mur. Une réparation récente avait pourtant été faite dans la chambre : la serrure était neuve, mais le mur autour du boîtier de sonnette portait des marques plus anciennes. Émile posa la main sur la trappe. Trois coups retentirent aussitôt, de l’autre côté. Le silence pesait sur le corridor. Maude sentit sa gorge se serrer, mais elle ne recula pas. Elle se demanda si quelqu’un se cachait dans un passage derrière le mur.
Le gardien arriva en courant, suivi de Clara. En voyant la trappe ouverte, il pâlit. Il affirma qu’il n’y avait aucun passage, puis s’interrompit. Maude lui demanda pourquoi il avait conservé la clé si la chambre était condamnée. Il ne répondit pas. Clara s’approcha du boîtier de sonnette et aperçut un fil qui descendait derrière la plinthe. Émile tira doucement dessus. Au même instant, une clochette tinta dans le salon, puis une autre près de la cuisine. Le fil semblait relié à plusieurs pièces de l’auberge. Aucun de ces sons n’expliquait pourtant les trois coups entendus dans la chambre.
M. Gagnon finit par avouer que l’ancien propriétaire avait installé un système de sonnette compliqué pour appeler le personnel. Il avait lui-même tenté de réparer les fils la semaine précédente. Une partie du mécanisme passait derrière les murs, mais il ne savait pas où le conduit se terminait. Clara observa les marques autour du boîtier, tandis que Maude éclairait l’intérieur de la trappe. Elle y vit une petite plaque de bois qui bougeait au rythme du vent. Émile la retint avant qu’elle ne tombe. Le gardien reconnut que cette plaque pouvait frapper le mur. Mais personne ne comprit pourquoi le bruit avait cessé au moment où ils avaient ouvert la porte.
Au matin, la pluie avait cessé et la rivière était redescendue. Clara rangea ses papiers sans reparler de la chambre. M. Gagnon promit de vérifier le vieux mécanisme, mais il garda la clé dans sa poche. Avant de partir, Maude se retourna vers l’auberge. À l’étage, la fenêtre de la chambre douze était ouverte, bien que personne ne l’eût touchée. Émile assura que le courant d’air avait dû la pousser. Maude voulut le croire. La voiture s’éloigna sur la route mouillée. Au premier virage, trois coups sourds résonnèrent derrière eux, dans le coffre fermé de l’auto.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Où Maude, Émile et leur tante passent-ils la nuit?
Pourquoi la famille ne peut-elle pas repartir avant le matin?
Où Maude trouve-t-elle la clé qui ouvre la chambre douze?
Pourquoi M. Gagnon prétend-il que le bruit vient des tuyaux, même s’il semble inquiet?
Pourquoi Maude choisit-elle de retourner vers la chambre douze après avoir entendu les trois coups?
Quel moment du récit t’a fait ressentir le plus de peur? Explique ce que tu as ressenti et ce que tu aurais fait à la place de Maude.
Quel passage trouves-tu le plus réussi pour créer le mystère? Cite-le et explique l’effet des détails choisis.
Dans la phrase « La jeune fille s’immobilisa en entendant trois coups derrière le mur. », à qui le groupe « La jeune fille » renvoie-t-il?
Dans la phrase « Le silence pesait sur le corridor. », que signifie le verbe « pesait » dans ce contexte?
Dans la phrase « Une réparation récente avait pourtant été faite dans la chambre : la serrure était neuve, mais le mur autour du boîtier de sonnette portait des marques plus anciennes. », quel suffixe forme le nom « réparation » à partir du verbe « réparer »?