La dernière citrouille
Le 31 octobre, Élise rentrait chez elle après l’école, dans un rang tranquille près de Kamouraska. Les érables avaient presque perdu leurs feuilles, et le vent poussait des feuilles rouges contre les clôtures. Ce soir-là, elle devait rejoindre son frère Malik pour la tournée d’Halloween. Dans sa poche, elle gardait une petite lampe de poche, car les nuages cachaient la lune. Au bout du chemin, une maison abandonnée semblait attendre les visiteurs. Depuis des années, personne n’y habitait, mais une lumière brillait parfois derrière sa fenêtre ronde, comme un œil ouvert.
Malik l’attendait près de la boîte aux lettres, vêtu d’un costume de loup gris. Il avait apporté un sac orange et une carte dessinée par leur grand-mère. Sur le papier, une croix marquait la maison abandonnée; à côté, quelqu’un avait écrit : « Une surprise vous attend quand la cloche sonnera. » Élise pensa que leur grand-mère leur jouait un tour. Pourtant, elle ne se rappelait pas avoir vu cette carte avant. Malik, lui, disait qu’il l’avait trouvée sous la porte de leur cuisine en rentrant de l’école. Elle portait une tache de cire noire et sentait la fumée.
Ils marchèrent jusqu’à la vieille maison, en faisant crisser les feuilles sous leurs bottes. Les décorations des autres maisons formaient des points lumineux derrière eux. La porte de la demeure était entrouverte. Malik frappa trois fois, comme le demandait la carte. À l’intérieur, une clochette tinta, bien qu’aucun courant d’air ne bougeât les rideaux. Élise sentit un frisson lui courir dans le dos. Elle éclaira le plancher : des traces de boue menaient vers l’escalier, puis s’arrêtaient net au milieu d’une marche. Aucune empreinte ne revenait vers la porte. Le silence semblait écouter leurs pas.
Malik voulut appeler leur grand-mère, mais son téléphone n’avait plus de réseau. Alors, une voix douce monta de l’étage : « Vous êtes en retard. » Les enfants se regardèrent. Élise reconnut la voix de madame Gagnon, leur ancienne voisine, partie vivre à Rivière-du-Loup au printemps. Elle se rappela que cette dame réparait les vieilles horloges et qu’elle aimait raconter des histoires de fantômes. Pourtant, pourquoi serait-elle ici, dans une maison vide? Malik serra le sac de bonbons et demanda s’ils devaient monter. Un pas lourd résonna au-dessus d’eux, puis plus rien.
Avant qu’Élise réponde, une lumière bleue glissa sous la porte du grenier. La cloche tinta de nouveau, et une enveloppe tomba de la rampe. Malik l’ouvrit. À l’intérieur, il trouva une petite photo de madame Gagnon, jeune, devant la maison. Au dos, une phrase disait : « Merci de ne pas oublier la dernière citrouille. » Élise comprit alors que la surprise n’était peut-être pas une friandise. Ils montèrent lentement, en appelant leur voisine. Au grenier, une citrouille sculptée brillait d’une lueur bleue, sans bougie ni pile. Son sourire découpé semblait leur répondre.
Soudain, la porte du grenier s’ouvrit toute seule. Madame Gagnon apparut, portant un châle violet et tenant une vieille lanterne. Elle rit en voyant leurs visages pâles. Elle expliqua qu’elle avait caché la carte avant son déménagement pour leur confier une tradition : chaque Halloween, elle illuminait la dernière citrouille de son jardin en souvenir de son frère, qui adorait cette fête. La lueur venait d’une petite lampe dissimulée dessous. Élise sourit, rassurée, mais la cloche tinta encore une fois. Cette fois, la lanterne était éteinte. Dans le noir, quelqu’un frappa trois coups contre la porte.
Lis le texte, puis réponds aux questions.
Dans quel endroit Élise habite-t-elle?
Que dit la phrase au dos de la photo?
Où les traces de boue s’arrêtent-elles, et que remarque Élise à leur sujet?
Pourquoi Élise se demande-t-elle si madame Gagnon peut être dans la maison?
Quel moment t’a semblé le plus mystérieux? Explique pourquoi en t’appuyant sur un indice du récit.